Articles saison 2013/2014

Où en sont les couples français ?

13 décembre 2013

 par Kate Royan

 

 

C'est sans doute la discipline la plus ardue et la plus ingrate du patinage artistique. La plus dangereuse aussi. On sait que Daria Popova est blessée, raison de l'absence du couple Popova/Massot ici à Vaujany. On a vu James/Ciprès, leur belle aisance et leur progrès. Mais après ? Après ces quatre-là ?

 

Christopher Boyadji est parti patiner pour le Royaume Uni avec Amani Fancy. Méline Habéchian, qui s'entraîne à Winterthur,  vient de remporter le championnat... suisse, avec son partenaire Noah Scherer (suisse lui aussi, ceci explique cela) et avec presque 18 points d'avance sur les Neuchâtelois Herbrikova/Roulet. Camille Mendoza s'entraîne avec un partenaire étranger. Restent les juniors Maëlle Matheron et Alexandre Wyts, qui viennent de remporter le TDF de St Ouen et qu'on retrouvera à Lyon les 11 et 12 janvier.

 

Soit deux couples seniors et un couple junior. Selon le principe du verre à moitié vide ou à moitié plein, on peut dire que c'est mieux que rien. Ou parler de vide sidéral. Ceci sans faire injure, bien sûr,  aux patineurs en activité. Ils ne sont pas responsables de la désaffection de la discipline, bien au contraire, ils en sont la vitrine et la locomotive.  Mais une vitrine que personne n'aide à décorer et une locomotive à qui on ne fournit pas de carburant. Qui derrière eux ?

 

Pourquoi une telle désertion ? Trop difficile, trop de sacrifices à faire, trop de pression  ? Un manque de soutien de la part d'une fédération qui se focalise sur d'autres catégories artistiques ? Les deux ? Il n'y a pas si longtemps, certains patineurs de couple, aujourd'hui en retraite anticipée ou passés à autre chose que la compétition, s'entraînaient au milieu des séances publiques de leur patinoire ! Impensable, dangereux, ahurissant, tous les qualificatifs y sont passés et à raison.  Et on s'étonnerait que  les rares patineurs de couples encore motivés partent à l'étranger ?

 

Quand on pense que le patinage par couple a longtemps été une discipline phare, une référence, celle qui attirait le plus de regards et de spectateurs. Si la désaffection semble plus ou moins généralisée à l'échelle mondiale (il devient difficile, depuis déjà bon nombre d'années, de réunir 24 couples dans les grands défis internationaux) à qui profite, par exemple, l'expérience de patineurs de couples français, comme Abitbol/Bernadis, 2 fois vice-champions d'Europe, 10 fois champions de France ? En ce moment, à une émission de télé-réalité... (Sarah est, cependant, en temps "normal",  productrice et actrice de sa propre tournée Rêves de Glaces). Où sont Nicolas Osseland, Mehdi Bouzzine, Mélodie Châtaigner et tous les autres ? Pourquoi Maximin Coïa est-il coach au Canada et non en France ?

 

Bien sûr, le patinage par couple, c'est dur. Ca coûte très cher. Mais pourquoi le sacrifier au profit de disciplines qui, franchement, ne vont pas si bien que ça non plus ? Est-ce un choix délibéré de la Fédération française des Sports de Glace ? Une absence totale annoncée de candidats à la successions de nos anciens grands champions ? Personne ne semble pouvoir répondre à ces questions et c'est vraiment dommage. Hasard ou volonté ? On oscille entre les deux théories au gré des évènements ou de leur absence. L'avenir de toute une discipline, c'est très lourd à porter pour seulement 3 couples dont un très jeune et tout neuf. Et attention, la même chose pourrait se produire à brève échéance en danse sur glace. La France n'a-t-elle vraiment plus de réservoir ? 

 
(English version)

Année olympique, année de tous les dangers...

01/11/2013 © KR

 

Tous les athlètes rêvent d'y participer au moins une fois. Tout ceux qui l'ont fait ne l'oublieront pas. Les Jeux Olympiques sont LA compétition de référence, le Saint Graal accessible une fois tous les quatre ans et encore, pas à tout le monde. Interdiction de se louper. La pression est énorme et l'ambiance extraordinaire. Pour le spectateur c'est magique. Quand vous êtes sur la glace, c'est plus difficile à gérer...

 

Déjà, toute votre saison tourne autour de ce point d'orgue. Vision en tunnel, les JO sont au bout, là, tout droit. (Il y aura encore les Mondiaux après, mais exceptionnellement, tout le monde s'en fout un peu). Vous n'avez pas pour autant le loisir ou le droit de négliger les compétitions précédentes, elles serviront de référence. Que vous briguiez une médaille ou que vous espériez seulement vous classer de manière honorable, tout votre entraînement est axé sur une montée en puissance. Il faut être prêt le jour J, à 100% de vos moyens, physiques et mentaux, aussi affûté que la lame de vos patins. Il est révolu le temps où, selon Monsieur Pierre de Coubertin, "l'essentiel était de participer". Dans la société actuelle, seule compte la victoire. Ou tout du moins, les trois premiers, les élus qui vont monter sur le podium, ces trois marches au sommet d'un très long et très raide escalier. Encore vaut-il mieux se parer de l'or, le métal le plus parlant, le plus marquant. Et aussi le plus (le seul ?) vendeur. 

 

Est-ce pour cela que la majeure partie des programmes (vus jusque là) cette année sont d'un classicisme alarmant ? Choix des musiques, tenues, si ce n'était la technique, qui elle, ne cesse de progresser, on irait presque à reculons. Il n'est pas inhabituel, en patinage, de friser la ringardise ou même de tomber tête baissée dedans. Alors quel programme va se révéler véritablement olympique ? La réalisation qui vous fait lever de votre siège (ou de votre fauteuil si vous êtes devant la télé), qui bouleverse toute une patinoire, tous les téléspectateurs, le moment inoubliable qui s'inscrit tout seul comme un grand dans les annales du sport, qui restera définitivement associé au nom de son ou ses performers ? 

 

Bien sûr, à ce stade, en ras mois de novembre, tout le monde est encore en rodage. Des ajustements, des améliorations seront apportés. On refondra même quelques programmes pas vraiment adaptés. Il reste donc l'espoir de voir Savchenko/Szolkowy, par exemple, retrouver leur véritable personnalité, briller par leurs qualités. Pour l'instant j'ai l'impression qu'ils s'abritent frileusement derrière leurs acquis, comme s'ils étaient partagés entre leur formidable talent et quoi au juste ? La peur des juges ? Si eux ne prennent plus de risques, qui va le faire ? Trankov et son pantalon jaune ? Techniquement, Volosozhar/Trankov sont époustouflants, tout comme les Allemands. Mais hélas, à mes yeux, leurs programmes manquent de créativité et d'une chorégraphie adaptée à ce qui pourrait, devrait,  être leur originalité. En pleine année olympique, c'est dommage. Voire triste.

 

En comparaison, je me retrouve à préférer le programme court de Duhamel/Radford. Radford en a composé lui-même la musique, et même si elle ne me parle pas, le simple fait qu'il ait "osé", la façon dont il en vit chaque note sur la glace, touchent une corde sensible chez moi. Voilà, ça c'est gonflé, c'est dans l'esprit olympique. Il s'agit de marquer le coup, de réaliser quelque chose de différent, et pas seulement de porter du jaune au lieu du blanc. 

 

Je n'ai parlé ici que des couples, mais la crise de classicisme aïgu sévit aussi chez les dames, les messieurs,  les danseurs. Avec les Français, généralement appliqués à illustrer le mot "voidy" (*) crée expèrs pour eux par les fans anglophones, l'espoir renaît, avec ce qui pourrait être fait du libre d'Amodio et ce qui est déjà la très touchante et très poétique danse libre de Péchalat/Bourzat. Alors on verra. On verra si le classicisme séduit, puisqu'il est vrai que l'originalité, souvent, en patinage, ne paie pas. D'où sans doute la prudence en cette année olympique. Mais si ce ne sont pas les patineurs qui secouent le cocotier de l'immobilité, qui le fera ?

 

Kate Royan

 

(*) voidy : de "void", le vide, au sens immensité. Se dit de programmes ultra-originaux, comme venus d'un autre monde.