Fabrice Blondel : "Nous voulons construire une équipe solide pour 2030"

© International Skating Union (ISU) / Fabrice Blondel entouré de Benoît Richaud et Cédric Tour
© International Skating Union (ISU) / Fabrice Blondel entouré de Benoît Richaud et Cédric Tour
 

À l’issue des championnats du monde de Prague, nous avons échangé avec Fabrice Blondel, manager de l’équipe de France, pour dresser le bilan de la saison discipline par discipline et évoquer les perspectives à venir. 

 

Skate Info Glace : Commençons par la catégorie messieurs. Quel est votre bilan de la saison d’Adam Siao Him Fa ?

Fabrice : Nous sommes un peu frustrés. Ce qui est dommage, c’est que nous pensons avoir trouvé la clé pour le programme court. Cela a fonctionné deux fois de suite, aux JO et aux championnats du monde, avec plus de 100 points, ce qui n’était jamais arrivé dans sa carrière. Mais les deux fois, il y a eu le contrecoup sur le libre. Est-ce que c’est la position qui rend les choses plus compliquées, ou est-ce que le contenu est trop ambitieux ?

 

Skate Info Glace : Fallait-il mettre le Lutz dans le programme libre ?

Fabrice : Tout le monde nous en parle. Ce ne sont pas des choses que l’on change comme cela. À Angers, il avait obtenu 196 points avec un quadruple Lutz. Est-ce qu’en allégeant le contenu ce serait plus propre ? Je ne sais pas.

 

Skate Info Glace : En tout cas, cela a fonctionné sur le programme court.

Fabrice : Cela a fonctionné sur le court, mais est-ce que cette qualité peut tenir sur un libre ? Nous avons essayé d'aller au bout du processus. On aurait peut-être pu ajuster. Cédric Tour a réfléchi à des changements après les Jeux. La stratégie était notamment de ne pas mettre le Lutz en premier, mais cela n’a pas fonctionné non plus. Mais si le quadruple Salchow passe et si l’Axel est propre, cela peut tenir. On l’a vu avec Kévin : même avec une chute, il obtient des notes de composantes à 9. Là, Adam a réglé le programme court, mais le libre ne fonctionne pas. Et paradoxalement, le libre passait davantage quand le court était plus en difficulté. Nous ferons le bilan, mais il est possible que l’an prochain, nous partions sur une stratégie différente, davantage axée sur la qualité, surtout qu’il est un des patineurs les plus intéressants artistiquement.

 

Skate Info Glace : Yuma Kagiyama semble avoir adopté cette stratégie, en retirant notamment le quadruple flip. 

Fabrice : Oui, nous avions justement regardé avec les entraîneurs d'Adam ce que faisait Yuma Kagiyama. C’est un bon exemple. Sur le programme court à Milan, il fait les quadruples Salchow et boucle piqué, et il monte à 108 points. Sur le libre à Prague : quadruples Salchow et boucle piqué, deux Axel, et il fait 212 points. Après, il y a de la qualité, c’est clair. Mais sur les chorégraphies, je trouve qu’Adam est meilleur. Cela reste une bonne saison, même si c’est en dessous de nos objectifs. Nous espérions des médailles, très honnêtement. Aux Jeux olympiques, nous avons vu que les 10-12 premiers pouvaient gagner. Il y a de la constance chez Adam : troisième mondial il y a deux ans, quatrième l’an dernier, cinquième cette année. C’est un patineur qui plaît, qui a son identité et son style. Je suis surpris d'ailleurs que ses programmes n'aient pas été reconnus aux ISU Awards.

  
© Alice Alvarez / Adam Siao Him Fa
© Alice Alvarez / Adam Siao Him Fa

 

Skate Info Glace : Quant à Kévin Aymoz, il termine très bien sa saison, et montre qu’on peut faire une grande performance malgré une chute.

Fabrice : Ce n’est qu’une chute sur sept éléments de saut, et il s’est vite relevé. Ensuite, tout est propre. C’est sûrement ce qui a manqué à Adam cette fois. Kévin tombe aussi sur son deuxième saut, mais il arrive à effacer derrière. Mais Adam a fait une grosse chute, il est arrivé en avant, il a eu mal. Kévin a réussi à passer au-dessus de ça, et c’est super. C’est exactement ce qu’on demande à tous nos patineurs. C’est un très bel exemple. Nous sommes contents. Les Mondiaux lui réussissent souvent très bien, et nous savons que ses programmes sont toujours intéressants. En plus, nous avons les trois quotas, c’est super. 

 

© Alice Alvarez / Kevin Aymoz
© Alice Alvarez / Kevin Aymoz

 

Skate Info Glace : Qu’avez-vous pensé des premiers championnats de François Pitot ?

Fabrice : François n’a pas du tout démérité. Le quadruple Salchow du programme libre était magnifique. Il manque une combinaison dans le programme, mais nous sommes très contents de sa place. Vingtième pour un premier championnat du monde, avec la qualification pour le libre, c’est très bien. Il chute sur le quadruple dans le programme court, mais quand on voit la concurrence, où même les derniers qualifiés du programme court incluent deux quadruples différents, cela nous confirme qu’il faut y aller. Aux championnats d’Europe déjà, nous avions été impressionnés par le niveau. On ne peut plus hésiter à tenter un quadruple Salchow. Sur ces championnats, c’est vraiment de l’expérience acquise pour François. Faire un quadruple Salchow, en troisième élément dans le libre, devant 18 000 personnes, c’est important. On sait qu’il a du potentiel. En travaillant de manière continue et sérieuse, il y a des résultats. Il a débloqué le quadruple sur une grosse compétition, maintenant il faut débloquer les autres, notamment le boucle piqué. En compétition, il est globalement fiable. Artistiquement, il faut continuer de travailler, notamment avec Benoît Richaud. On y croit. Sur 2030 et 2034, il y a quelque chose à faire. Il l’a confirmé ici. Mais il ne doit pas attendre sa place. Même si nous n’avons pas trois quotas sur tous les championnats, il doit aller chercher sa place, même s’il faut battre les deux “grands”.

 

© Alice Alvarez / François Pitot
© Alice Alvarez / François Pitot

 

Skate Info Glace : En danse, j’imagine que vous êtes satisfaits ?

Fabrice : Oui, c’est une bonne saison. Rien n’était fait il y a un an en ce qui concerne Laurence Fournier Beaudry et Guillaume Cizeron. C’est remarquable ce qui a été accompli en si peu de temps. Il y a eu énormément d’étapes : l’accompagnement administratif, le suivi du couple, le travail de réadaptation des programmes, le changement de programme court, les remaniements à répétition… Sur beaucoup de compétitions, les notes sur la danse rythmique étaient décevantes, mais ils ont su rester solides. Ensuite, ils gagnent les Jeux olympiques, avec un programme pas parfait mais une victoire amplement méritée. Et maintenant, il y a cette question à laquelle personne n’a la réponse : est-ce qu’ils continuent ou pas ? Tout le monde pense que ce serait dommage qu’ils ne continuent pas. Mais c’est leur choix, ils n’ont pas 22 ans. Bien sûr, nous aimerions qu’ils poursuivent. Le public a envie qu’ils continuent. Ils peuvent encore énormément apporter. Je pense qu’ils peuvent proposer quelque chose d’encore plus fort. Leur danse libre a été construite dans le premier mois de leur association, et elle est déjà excellente. Mais ils n’ont pas encore pu explorer des choses plus contemporaines. Ce serait vraiment intéressant de les voir aller encore plus loin. Mais cela reste leur décision. Et derrière, nous avons aussi beaucoup de couples qui ont leur place. Il ne faut surtout pas oublier la relève. On l’a vu dans d’autres pays : quand tout repose sur un seul couple, le jour où il s’arrête, il ne reste plus rien. Donc il faut aussi construire derrière. Mais bien sûr, nous serions tous heureux qu’ils continuent, pour la beauté du sport.

 

© Alice Alvarez / Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron
© Alice Alvarez / Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron

 

Skate Info Glace : Evgeniia Lopareva et Geoffrey Brissaud ont des résultats un peu en deçà de la saison précédente mais la trajectoire reste très intéressante.

Fabrice : Evgeniia et Geoffrey ne sont vraiment pas loin du podium sur ces championnats du monde ainsi qu’aux championnats d’Europe. Ils sont dans le coup. Pour 2030, je les vois sur le podium. Nous sommes très contents de la saison, parce que cela a commencé un peu difficilement. Ils ont pris un peu de retard au début, puis ils ont vraiment beaucoup travaillé avant les Grands Prix. À partir de là, c’est devenu mieux et cela a progressé à chaque compétition. Ils ont leur style, il faut qu’ils continuent comme cela. Nous y croyons fort.

 

Skate Info Glace : Comme vous le disiez, vous avez aussi beaucoup de couples derrière.

Fabrice : Nous avons de nouveau trois quotas pour les championnats d’Europe et du monde. Nous verrons qui les prendra. Il y a Loïcia Demougeot et Théo Le Mercier bien sûr, mais aussi beaucoup d’autres couples. Des juniors vont monter en catégorie senior à un moment donné. Pour 2030, je suis incapable de dire quels seront les trois couples. Nous avons une petite idée, bien sûr, il y en a trois qui sont au-dessus, mais personne ne sait comment cela peut évoluer. Regardez Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron : lors de leur deuxième année senior, on ne pouvait pas dire qu’ils allaient gagner des titres aussi rapidement. On savait qu’ils avaient du potentiel, mais la progression a été très rapide. Est-ce que les juniors vont exploser en arrivant en senior ? Je ne sais pas. Beaucoup de choses peuvent se passer. En tout cas, pourvu que cela dure. Nous avons de bonnes écoles et de bons entraîneurs. En danse, nous sommes aujourd’hui la meilleure nation mondiale, je pense.

 

© Alice Alvarez / Evgeniia Loparea et Geoffrey Brissaud
© Alice Alvarez / Evgeniia Loparea et Geoffrey Brissaud

 

Skate Info Glace : Passons aux couples. Camille Kovalev et Pavel Kovalev ont annoncé vouloir continuer leur carrière.

Fabrice : Je leur souhaite. Ils ont bien progressé cette année. L’an dernier, ils ne passaient pas la qualification pour le programme libre, et là, ils font un bon programme court. Le libre est plus difficile. Tant mieux s’ils veulent continuer. C’est un couple expérimenté, fiable, qui patine bien. Nous avons besoin d’eux, bien sûr. Ils commencent à sortir des triples parallèles, et cela reste le nerf de la guerre. J’espère surtout que leur problème d’heures de glace va se résoudre, parce que c’est un vrai sujet.

 

Skate Info Glace : Nous sommes surpris que le meilleur couple français, qui vient de participer aux Jeux olympiques, rencontre de telles difficultés d’heures de glace.

Fabrice : Ils ont pu acheter des heures de glace avec notre soutien ainsi que celui de la Maison régionale de la performance. Mais la situation reste compliquée. Cela dit, ce n’est pas nouveau, les heures de glace n’ont pas diminué du jour au lendemain. La patinoire est très belle, mais le système ne fonctionne pas bien.

 

Skate Info Glace : Au-delà de leur situation, comment voyez-vous la catégorie couples ?

Fabrice : Nous voulons construire une équipe solide pour 2030, notamment en vue de l’épreuve par équipes aux JO. Nous allons aussi travailler avec Aurélie Faula et Théo Belle, qui ont beaucoup progressé cette année. Ils ont un gros potentiel, avec un bon répertoire de sauts individuels. Il y a aussi d’autres couples à suivre. Clélia Liget-Latus et Alan Fisher ont des atouts intéressants, avec de bons triples. Meghan Wessenberg et Denys Strekalin ont bien progressé en fin de saison. La première année d’un couple est souvent une mise en route, mais ils ont déjà leurs deux triples sauts et l’Axel, donc une base solide. Ils développent leur style. Il y a une vague de couples qui se créent. Mais c'est dur, il y en a qui ont commencé mais qui ont arrêté. Nous devons explorer un maximum d’options, et il ne faut pas convertir les patineurs trop tard.

 

© Alice Alvarez / Camille Kovalev et Pavel Kovalev
© Alice Alvarez / Camille Kovalev et Pavel Kovalev

 

Skate Info Glace : Et pour la catégorie dames ?

Fabrice : Nous devons faire le bilan avec nos patineuses, notamment Léa Serna et Lorine Schild. Lorine poursuit des études, auxquelles elle accorde beaucoup d’importance. Je sais qu’elle a de gros examens cet été. Elle a connu un très beau pic à Angers, avec 126 points au programme libre et 189 au total, ce qui reste un bon score. Elle a fait des championnats de France corrects. Ensuite, c’était plus difficile. Aux Jeux olympiques, elle réalise un bon programme court par équipes. Elle fait aussi un bon programme court ici aux Mondiaux. La qualification aux JO était un gros objectif de sa saison. À plus long terme, une médaille par équipes en 2030 peut être un bel objectif.

 

Skate Info Glace : Le team event des Jeux olympiques était un objectif important. Quel bilan en tirez-vous ?

Fabrice : C’était un vrai objectif de participer à l’épreuve par équipes. Nous n’avons pas totalement atteint l’objectif que nous nous étions fixé, qui était un top 5, voire un podium. Ce n’est pas passé loin. Par équipes, tout se joue à très peu de choses. Si nous avions, par exemple, eu le programme court qu’Adam a réalisé ici et le programme libre que Kévin a fait, cela aurait changé beaucoup de choses ! Mais nous sommes vraiment contents d’avoir participé à cette épreuve. Une sixième place reste une belle performance.

 

© Alice Alvarez / Lorine Schild
© Alice Alvarez / Lorine Schild

 

Solène Mathieu - Skate Info Glace

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Commentaires: 1
  • #1

    MERIGUET (mercredi, 08 avril 2026 18:23)

    Analyse pertinente des performances de nos SHN cette saison ainsi que de leur potentiel et de leur marge de progrès au regard des contingences qu’ils doivent prendre en considération.