Pour ne pas disparaître : Gabriella Papadakis, récit de sa carrière

 

Avec Pour ne pas disparaître, paru chez Robert Laffont, Gabriella Papadakis revient sur son parcours en danse sur glace, depuis ses débuts à Clermont-Ferrand jusqu’à la fin de sa carrière internationale. Un livre personnel et douloureux, qui raconte les réalités d’une carrière de sportive de haut niveau et tranche avec l’image idéale longtemps associée à ce couple de champions multi-médaillés.

 

Grandir dans le patinage et la formation du couple

Gabriella Papadakis décrit une enfance largement structurée par le patinage. Sa mère, entraîneure, organise son quotidien et son parcours sportif. Très tôt, le patinage devient prioritaire, reléguant au second plan l’école, la musique et la vie sociale.

 

"À cette époque, je fais souvent le même rêve. Il me réveille, en panique, le cœur battant. Je suis enfermée dans une boîte en verre, encastrée dans le mur de ma chambre. À l’intérieur, un parcours, comme un labyrinthe pour hamster. Je dois le suivre en boucle, à bout de souffle, sans jamais ralentir. Ma mère est là, dehors, derrière la vitre. Elle me crie de ne pas m’arrêter. Jamais."

 

La rencontre avec Guillaume Cizeron constitue un moment clé. Le duo se forme dans un contexte propre à la danse sur glace, où les garçons sont peu nombreux et disposent souvent d’un pouvoir décisionnel important. Le livre revient sur les débuts du partenariat, la progression rapide du couple et la construction d’un fonctionnement de plus en plus déséquilibré.

 

Gabriella Papadakis décrit une relation qui évolue, au fil des années, d’un cadre collaboratif vers une organisation plus hiérarchisée. Les choix sportifs et artistiques se concentrent progressivement entre son partenaire et l’encadrement, tandis qu’elle se sent de plus en plus mise à distance.

 

"Le gars avec qui je patinais et qui avait été mon meilleur ami me traitait maintenant comme son employée"

 

Image publique et fonctionnement interne

Un des axes forts du livre concerne l’écart entre l’image publique du couple et la réalité du quotidien. En compétition et dans les médias, le duo renvoie l’image d’une grande complicité. En dehors de ce cadre, Gabriella Papadakis décrit une relation marquée par l’isolement et la difficulté à exister en dehors du rôle assigné.

 

Elle explique comment cette image a été entretenue et utilisée comme un élément de communication :

"Guillaume ne cachant plus son homosexualité, il nous reste à jouer la carte de l’amitié indéfectible : deux enfants qui se sont trouvés très jeunes et sont restés ensemble coûte que coûte, comme des âmes sœurs. En public, nous avons l’air d’être meilleurs amis : on fait des blagues, on rit aux larmes. Cependant, s’il reste une forme de complicité entre nous, elle s’efface dès qu’il n’y a plus personne pour la regarder." 

 

Montréal et l’Ice Academy of Montreal

L’installation à Montréal et l’intégration à l’Ice Academy of Montreal constituent une étape importante de la carrière du couple. Gabriella Papadakis ne remet pas en cause la qualité du travail sportif, mais nuance l’image idéalisée du centre.

Elle décrit un environnement très exigeant, performant, mais peu attentif aux fragilités individuelles et aux dynamiques relationnelles. Les questions liées à l’apparence et à la présentation des athlètes occupent une place importante dans son récit.

 

"Guillaume et les entraîneurs m’organisent même des cours de maquillage, présentés comme une « expérience » qu’ils m’offrent."

 

Le retour à la compétition de Tessa Virtue et Scott Moir, ses idoles, également basés à Montréal, est présenté comme un élément de pression supplémentaire. Le livre évoque aussi, plus tard, quelques moments d’échange avec Scott Moir, marqués par une écoute et une attention qui contrastent avec le reste de son quotidien sportif.

 

"Tessa Virtue et Scott Moir font leur come-back, ils reviennent à la compétition. Et ils s’entraînent à Montréal, avec nous. Merde. Je ne dois pas être meilleure que la concurrence, je dois aussi devenir meilleure que mes idoles."   

"Guillaume est le seul à l’avouer. Parfois, il me confie sa colère : les entraîneurs n’auraient jamais dû accepter Tessa et Scott."

 

Corps et santé mentale

Une partie importante du livre est consacrée au rapport au corps. Gabriella Papadakis revient sur les commentaires répétés concernant son physique et sur la minceur valorisée comme qualité sportive.

 

"Un jour, un ami me dit qu’il a lu une interview de Guillaume dans laquelle, à la question de savoir quelle est ma plus grande qualité, il a répondu que c’était ma minceur." 

 

Elle aborde également des épisodes marquants de sa vie personnelle : des violences sexuelles subies durant l’adolescence, un séjour envisagé en hôpital psychiatrique, un avortement durant une compétition, des périodes de dépression.

 

"Je m’effondre en larmes. Il me demande pourquoi je pleure. Je lui réponds que je ne sais pas, que je suis juste fatiguée. Il me dit que je suis championne du monde, que je devrais être heureuse. Je reste silencieuse, continue de pleurer. Je me sens coupable d’être triste, mais je suis inconsolable."

 

La fin de carrière

Gabriella Papadakis évoque une dégradation du climat à l’entraînement, des pensées suicidaires et un sentiment de peur vis-à-vis de son partenaire. Elle mentionne également, sans s’y attarder, le nouveau partenariat formé par Guillaume Cizeron avec Laurence Fournier-Beaudry, ainsi que son souhait de ne plus patiner avec Nikolaj Soerensen alors qu’elle s’entraîne encore à Montréal.

La fin de carrière apparaît alors comme une issue nécessaire, davantage qu’une décision sportive.

 

"« J’ai peur de toi. » Je ne me le suis même pas encore avoué. Guillaume sort de la salle, s’enferme dans les toilettes. Je m’en vais."

 
© Alice Alvarez / Gabriella Papadakis & Guillaume Cizeron
© Alice Alvarez / Gabriella Papadakis & Guillaume Cizeron

 

 

En parallèle Guillaume Cizeron a souhaité partager ce communiqué :

 

"Je souhaite clarifier ma position face aux récentes accusations portées à mon encontre, qui ont suscité un vif émoi à quelques jours des championnats d’Europe.

Depuis plus de 20 ans, je manifeste un profond respect envers Gabriella Papadakis, que j’ai toujours considérée comme une véritable partenaire. Malgré un effritement de notre lien au fil des ans, notre relation, fondée sur une collaboration égale tant sur le plan sportif que personnel, a été marquée par des moments de succès et de soutien mutuel. Face à la campagne de dénigrement dont je suis la cible, je tiens à exprimer mon incompréhension et mon désaccord avec les qualificatifs qui me sont attribués. Ces allégations interviennent à un moment particulièrement délicat, à moins de 15 jours des Jeux Olympiques, soulevant ainsi des questions sur les intentions sous-jacentes à cette campagne. Je tiens également à dénoncer le contenu de l'ouvrage “Pour ne pas disparaître”, qui contient des informations fausses, m’attribuant entre autres des propos que je n’ai jamais tenus et que je juge graves.

Dans ce contexte, j’ai fait le choix de confier ce dossier à mes avocats et de mettre en demeure toutes les parties impliquées de cesser immédiatement la diffusion de propos diffamatoires à mon encontre et je me réserve le droit d’engager toutes les actions légales nécessaires pour protéger mon intégrité. 

Je reste déterminé à me concentrer sur les prochaines échéances compétitives et à défendre ma réputation avec dignité et respect."


 

Solène Mathieu - Skate Info Glace

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