
Septième à Prague, Kévin Aymoz conclut sa saison sur une note positive. Le Français, qui entend poursuivre sa carrière, se projette déjà vers la suite.
Skate Info Glace : Comment avez-vous vécu cette dernière compétition de la saison ?
Kévin : Je suis très content. Cela fait plaisir de terminer comme cela. Je ne voulais pas forcément venir. La saison était longue, j’étais fatigué, j’avais dépensé beaucoup d’énergie. Je suis tombé malade après les Jeux et j’ai perdu du poids. Quand je suis revenu sur la glace, j’étais une “feuille morte”, je me suis demandé si cela valait le coup de venir. J’avais fait des bonnes performances aux Jeux, donc je me suis aussi posé la question de rester là-dessus. Les premiers entraînements n’étaient pas exceptionnels, parce que je revenais de presque dix jours sans patiner, mais c’était solide. J’avais neuf mois de travail dans les jambes et je pouvais me faire confiance. Comme je ne pensais pas forcément venir, je n’avais pas vraiment de stress. Après les Jeux, on a l’impression que plus rien ne peut nous stresser… ce qui n’est finalement pas totalement vrai (rires). Lors du programme court, je ne me suis pas assez fait confiance. En revanche, sur le programme libre, j’ai attaqué dès le début, notamment la combinaison d’entrée, sans hésiter. Je termine septième, cela fait trois championnats du monde avec de très bons résultats. Je suis resté dans le haut du classement. Et surtout, j’ai pris énormément de plaisir. J’arrivais à voir le public, j’arrivais à sentir les choses autour de moi. D’habitude, je suis un peu plus bloqué, mais là c’était vraiment très agréable.
Skate Info Glace : Vous vous souvenez que vous avez fait un clin d’œil à un photographe pendant le programme ?
Kévin : Oui (rires). J’étais tellement présent et détendu ! Même moi, cela m’a surpris. Juste avant de monter sur la glace, il y avait la musique Man! I Feel Like a Woman! et je la chantonnais, j’étais dans un super état d’esprit. Au moment d’entrer sur la glace, la chanson a dit “Let’s go girls”. Françoise l’a dit en même temps, c’était hyper agréable. Quand je suis entré sur la glace, je n’avais pas de stress. Le matin, je m’étais dit que même si je faisais des erreurs, même si je tombais sept fois, je serais quand même heureux d’être là. Donc il fallait profiter du moment. J’avais tellement envie d’attaquer le programme et de le vivre à fond que cela m’a complètement libéré.
Skate Info Glace : Vous l’avez tellement vécu pleinement que la chute sur le deuxième quadruple passe presque inaperçue.
Kévin : Oui ! À la fin du programme, après le Lutz, j’ai fait une petite célébration avec les poings, alors que d’habitude je ne le fais pas quand il y a une erreur. Dans ma tête, à ce moment-là, je me suis dit : mais attends, il y a une erreur quelque part, c’était où déjà ? Et je me suis souvenu que c’était sur le deuxième quadruple. J’étais tellement dans le programme que je n’y ai pas pensé du tout.
Skate Info Glace : Et les points ont suivi !
Kévin : 184 points avec une chute, j’en suis hyper fier. Et c'était la dernière fois que je présentais le Boléro. Peut-être que je le reprendrai en gala. Je suis très content de l’avoir vécu comme cela une dernière fois.
Skate Info Glace : Vous êtes ensuite resté assis dans la chaise du leader pendant plusieurs programmes.
Kévin : C’était ma première fois ! Evidemment, tout le monde a envie d’y être le plus longtemps possible. Quelqu’un m’a dit que j’avais une place VIP gratuite pour voir la compétition, et je lui ai répondu que non, que j’avais travaillé dur pour l’avoir (rires), qu’elle m’avait coûté cher. J’ai encouragé tous les patineurs. Celui que j’ai sans doute le plus encouragé, c’est Lukas Britschgi, nous sommes amis. Mais j’essayais de soutenir tout le monde.
Skate Info Glace : Vous aviez l’air sincèrement heureux pour Yuma Kagiyama.
Kévin : Oui, c’était trop beau. Et en fait, j’ai vécu son programme en me disant qu’il faisait des quadruples boucle piqué et Salchow, et que moi aussi je savais les faire. Je me suis dit : mais pourquoi, pendant toutes ces années, je n’ai pas cru davantage en moi ? Le voir sourire sur la glace, c’était vraiment fort. C’était un très beau moment de le voir patiner, avec une telle qualité de glisse, tout était très propre.
Skate Info Glace : Quel est votre meilleur souvenir de la saison ?
Kévin : Je ne sais pas, il y en a trop ! J’ai énormément de bons souvenirs. Le début de saison était très fort, avec deux médailles d’or en Challenger, le titre de champion de France, la victoire au Skate America. Les Jeux se sont très bien passés, j’ai fait trois bons programmes, c’était incroyable. Et ici, aux mondiaux, cela s’est aussi bien déroulé. Je trouve ma saison très bonne. Bien sûr, certains objectifs ne sont pas atteints, comme le top 5 aux mondiaux ou le podium aux championnats d’Europe.

Skate Info Glace : Quelle est la suite pour vous ? Il paraît que vous voulez continuer votre carrière.
Kévin : Beaucoup de gens me disent que je suis le plus vieux, mais ce n’est qu’un chiffre. Je suis en forme, j’arrive encore à tenir debout, je fais des bons scores. Je suis sixième au world standing. Pourquoi je m’arrêterais maintenant tant que je peux continuer et aller chercher des résultats ? Je sens que je n’ai pas fini, je veux encore patiner. Les Jeux sont en France en 2030, mais c’est un peu loin. En quatre ans, il peut se passer un milliard de choses. Je verrai si physiquement, mentalement et financièrement ça tient, et si j’ai encore envie. Peut être que dans deux ans, je vais me dire que c’est bon, j’ai terminé. Après, il faut être malin. Si je veux tenir quatre ans, je ne peux pas faire dix Challengers et vingt Grands Prix. Je ne peux pas me lancer dans une saison complète à fond alors que cela fait huit ans que je n’ai pas pris une vraie pause. Est-ce que je fais seulement les Grands Prix et après je prends un break jusqu’aux Mondiaux ? Nous aurons trois places aux prochains Mondiaux. Est-ce que, si en première partie de saison je suis en forme, je réussis bien et que je peux me sélectionner pour les championnats d’Europe, est-ce que j’y vais ?
Skate Info Glace : Je sais que les championnats d’Europe à Lausanne vous tiennent à cœur. La France n’aura qu’une seule place, la situation est délicate.
Kévin : C’est à la maison. Je suis très triste que nous n’ayons qu’une place. J’y serai, quoi qu’il arrive, en tant que patineur ou à une autre place. Déjà, je vais faire les Grands Prix, c’est sûr.
Skate Info Glace : Lesquels aimeriez-vous faire ?
Kévin : Il faut que je regarde avec la FFSG et avec Adam, pour organiser cela au mieux. J’aimerais bien retourner au Skate America, qui me réussit toujours bien. J’ai vu sur les réseaux sociaux que certaines personnes pensaient que j’allais bien patiner aux Mondiaux parce qu’il y avait un Prague aux États-Unis (rires). J’aimerais aussi refaire le Grand Prix de France un jour. Le NHK Trophy est très prestigieux… À voir.

Skate Info Glace : Quels sont vos projets pour les semaines à venir ?
Kévin : Je vais faire les chorégraphies de Davide Lewton-Brain. J’ai aussi d’autres contacts, il faut que je finalise cela avec les patineurs et les entraîneurs. Je dois aussi voir si j’ai le temps, parce que si je veux continuer, il faut que je m’entraîne correctement et que je crée mes programmes. Le mois de juin sera sans doute dédié aux chorégraphies, mais nous attendons aussi la sortie des règlements puisqu’il peut y avoir des ajustements. Ensuite, j’ai mes vacances fin juin. Les Masters seront fin août, c'est un peu trop tôt. Cela fait une saison trop longue, surtout s’il y a le World Team Trophy en avril.
Skate Info Glace : Nous entendons parler de nombreux changements à venir, sur les programmes, les règles… Certains avaient même évoqué un programme artistique. Cela vous plairait ?
Kévin : Ca m’irait très bien ! D’ailleurs, où est où ma petite médaille du troisième meilleur score de composantes ? (rires) J’aimerais beaucoup qu’on valorise cela. Donner un prix pour celui qui a le plus de points techniques, ou de composantes, etc. Cela pourrait être sympa.
C’est important de ne pas changer pour changer, mais de se reconnecter avec une plus grosse audience et de remettre le patinage en première ligne à la télévision. Cela passe par des changements majeurs. Il faudra des évolutions de règlement, parce qu’il y a des choses qui ne sont pas logiques aujourd’hui. Par exemple, une erreur sur un saut fait baisser la note de skating skills. Pourquoi ? Que cela impacte la performance ou la présentation, d’accord, mais les skating skills… Pourquoi ne valorise-t-on pas davantage les pirouettes ? Lors du programme libre, je suis celui qui a gagné le plus de points en pirouettes. Qui l’eût cru ! Mais cela fait 13,26 points, donc moins de 10% sur un total de 184, ce n’est pas assez. Alors que cela représente 25% des éléments. Donc tout le monde les bâcle. Si on augmente leur valeur, les patineurs vont s’y investir davantage et cela deviendra vraiment important dans le programme. Peut-être que nous n'aurions pas besoin d’une pirouette chorégraphique, parce que les patineurs iraient chercher des choses intéressantes pour faire monter les GOE. Parlons de la séquence de pas aussi : une séquence niveau 4 aujourd’hui, c’est technique et difficile, et pourtant ce n’est pas assez valorisé. Il faut déjà, avec ce qu’on a, réfléchir à ce qui est important et à ce qu’on veut mettre en avant.
Et puis on parle de retirer un saut et de réduire le programme de trente secondes. Un saut, c’est moins de dix secondes. Trente secondes en moins, comment allons-nous tout placer ? On va faire enchaîner les sauts. C’est vrai que 4 minutes 10, c’est long, surtout quand il y a beaucoup de programmes, mais ce n’est pas une raison pour raccourcir. C’est la première fois que j’entends que les compétitions sont trop longues. Peut-être que ce sont les minima techniques qu’il faut revoir. Quant au système artistique, il n’a pas beaucoup évolué depuis 2006. Est-ce qu’il faut tout réformer ? Pas forcément, mais peut-être ajuster, revaloriser certaines choses, mieux structurer. Il y a aussi la question de la compréhension du public. On dit souvent que les spectateurs ne comprennent pas les notes. Mais moi, quand je regarde la gymnastique rythmique, je ne comprends pas tout non plus. Ce n’est pas grave. Ce n’est pas un sport de chronomètre. Nous avons un règlement complexe, c’est comme ça.
Enfin, ce serait intéressant que les athlètes, les juges, les fédérations échangent davantage. Tout le monde ne sera pas d’accord, ce n’est pas grave. Par exemple, tout le monde n’était pas d’accord sur le retour de Laurence et Guillaume. Ils n’ont pas été chercher le quota olympique, mais la règle est ainsi faite. Et dans le sport, que le meilleur gagne. Cela a été dur pour certains, j’ai des amis qui n’ont pas été sélectionnés et cela m’a fait mal au cœur. Mais en même temps, si je m’arrête deux ans et que je reviens en étant le meilleur, j’aurai aussi le droit d’aller en compétitions.

Solène Mathieu - Skate Info Glace
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