
Il y en avait des fans de toutes nationalités dans le public, des drapeaux du monde entier, mais à la fin, le public ne voulait qu’une seule chose : couronner Kaori Sakamoto. Une quatrième fois. Une dernière fois.
À l’issue d’une performance parfaite, le public s’est levé pour une longue, très longue standing ovation. Il est resté debout jusqu’à l’annonce des notes. Un record personnel explosé : 158,97 points. Elle est indiscutablement la meilleure. La déception des Jeux olympiques semble oubliée et la Japonaise va pouvoir prendre une belle retraite après l’une des plus grandes carrières qui soit.
L’émotion est immense lors de la remise des médailles. Kaori pleure tout au long du protocole. La cérémonie se prolonge, comme suspendue dans le temps, et la Japonaise ne semble pas vouloir quitter la glace. Elle enchaîne les photos avec ses entraîneurs, avec Benoît Richaud, avec les autres patineuses, puis avec le public. Les organisateurs lancent alors la musique de son programme court, Time to Say Goodbye. Kaori fond à nouveau en larmes.
Kaori : "J'ai tout donné, il y a eu quelques moments délicats, mais je pense avoir fait de mon mieux. Aujourd'hui, j'ai vraiment essayé de ne pas pleurer, mais j'ai entendu tellement de gens
m'encourager et m'applaudir, je n'ai pas pu me retenir. Cette saison a été plus difficile que je l'imaginais. Après les JO, j'avais envie d'aller à ces championnats du monde. Rinka Watanabe était
la première remplaçante. Je lui ai écris pour lui dire que j'avais envie d'y aller et lui demander ce qu'elle en pensait. Rinka m'a dit qu'elle voulait que j'aille à Prague et qu'elle me
souhaitait le meilleur.
Aujourd'hui, je me fichais un peu des résultats. Bien sûr, je voulais patiner sans regret et faire de mon mieux, mais il y avait tellement de personnes qui me soutenaient et me regardaient, et je
voulais faire de mon mieux pour eux. J'ai eu le sentiment d'avoir tout fait et que c'est une très belle façon de terminer une carrière. Je ne regrette absolument rien. Je peux dire adieu avec
cette performance. J'ai reçu beaucoup de soutien de la part des autres patineurs, et maintenant c'est à mon tour de les soutenir et de les aider. Je vais encore faire beaucoup de galas. Si vous
n'êtes pas lassés de me regarder patiner, venez me voir en galas. !"

Sa compatriote Mone Chiba pleure également de joie. Elle vient de gagner une médaille d’argent et se réjouit pleinement du succès de Kaori. Un double bonheur. Son programme était presque parfait, malgré un retournement sur le double boucle de la combinaison, sans conséquence. Elle passe même la barre des 150 points sur son programme libre.
Mone : "J'ai réussi à transformer la frustration et la déception des Jeux en motivation. Les premières larmes étaient des larmes de joie. Je repensais à ma performance et au mois qui s'était écoulé depuis les JO. Après la performance de Kaori, je me suis dit que c'était la dernière fois que je la voyais patiner en compétition, et j'ai à nouveau pleuré."

Nina Pinzarrone crée la surprise avec une médaille de bronze. Son programme délicat sur le thème de The Handmaid’s Tale est magnifique. On le voit depuis deux saisons sans s’en lasser. La patinoire est suspendue à la chorégraphie de la jeune Belge. Ses sauts sont réussis et les rotations, souvent à la limite chez elle, ne sont pas sanctionnées cette fois.
Nina : "Je n'arrive pas à y croire. Je n'aurais jamais imaginé décrocher une médaille, j'étais là juste pour finir ma saison en beauté. Le premier saut n'était pas parfait, mais je l'ai oublié et je me suis battue pour tous les autres sauts, pirouettes et autres éléments. Je pense que je peux faire mieux, mais j'étais vraiment stressée et j'ai fait de mon mieux. Je ne m'y attendais vraiment pas à cette médaille, d'autant plus que je n'ai pas patiné pendant la première moitié de la saison à cause d'une blessure. J'aurais déjà été contente de finir dans les cinq premières. En terminant 13e aux Jeux olympiques, je n'aurais jamais imaginé que cela puisse arriver. Maintenant, je veux prouver que je peux réitérer cet exploit. Un de mes prochains objectifs sera de devenir championne d'Europe."

Isabeau Levito termine quatrième. Elle tente à nouveau la combinaison triple Lutz triple boucle dans le programme libre, stratégie qui nous avait déjà étonné lors du programme court. Cette fois cela ne passe pas : triple boucle dégradé et GOE négatifs. Mauvaise opération. Le reste du programme est en revanche très propre.
L’Italienne Lara Naki Gutmann signe un très bon programme sur Les Dents de la mer, sans doute le thème le plus original de la saison. Sans faute à l’exception d’un triple Lutz retourné, elle obtient une cinquième place exceptionnelle.
Immense déception pour Amber Glenn. Elle réalise un triple Axel magistral et lance très bien son programme. Cela se complique malheureusement avec un triple boucle transformé en simple, le saut qui lui avait déjà coûté la médaille olympique un mois plus tôt. Elle enchaîne ensuite un triple flip correct mais ne déclenche pas son Axel. Des erreurs catastrophiques qui la privent du podium. Elle termine sixième.
Niina Petrokina propose un très bon programme. Un peu moins d’aisance qu’aux championnats d’Europe qu’elle a remportés, mais une prestation convaincante malgré un retournement sur un triple Lutz. Elle se classe septième.
Ami Nakai connaît une soirée difficile. Son triple Axel est manqué avec un demi-tour en moins, et son triple Lutz est transformé en simple. Le reste du programme est solide, mais ces deux erreurs majeures l’éloignent du podium. Elle termine neuvième avec 200 points tout pile, derrière Jia Shin qui signe l’un des plus beaux programmes libres de la compétition, lui permettant de remonter de la 13e à la 8e place.
Anastasiia Gubanova livre un programme globalement réussi sur la musique de Ghost. Quelques réceptions sont toutefois limites en rotation, entraînant des dégradations qui pèsent sur le score. Elle est dixième.
Sofia Samodelkina est en difficulté sur ses deux triples Lutz, mal réceptionnés. Elle parvient néanmoins à placer ses deux combinaisons triple-triple en fin de programme. Son double Axel d’ouverture est particulièrement léger et fluide, ce qui n’est pas surprenant compte tenu de ses capacités passées sur le triple Axel. Elle termine douzième.
Haein Lee vit une compétition très compliquée avec un programme marqué par trois triples sauts transformés en simples. De nombreux points s’envolent. Elle se classe treizième.

Lorine Schild réalise une très bonne première partie de programme sans erreur, notamment avec une combinaison triple Lutz triple boucle piqué réussie. La seconde partie est plus difficile avec plusieurs erreurs. Elle termine dix-huitième.
Lorine : “Je suis contente que ce soit fini, c’était dur. Avec l’accumulation de la fatigue toute la saison, ce championnat a été particulièrement exigeant. Je suis satisfaite de ce que j’ai fait, même si je suis un peu déçue de la deuxième partie de programme. À l’entraînement, c’est justement celle qui passait le mieux. Je suis surtout déçue de la séquence de sauts : le boucle était très beau, et je pense que je n’ai pas assez réfléchi sur l’Axel. D’habitude, c’est un saut que je réussis facilement, et là, je me suis complètement manquée. Pareil pour le Salchow : je pense que je ne l’ai jamais raté à l’entraînement, mais cela fait partie de la compétition. Dans l’ensemble, cela reste quand même une bonne compétition. Mon meilleur souvenir de la saison reste les Jeux Olympiques, sans hésitation, notamment le programme libre de l’épreuve individuelle. Comme j’étais la dernière qualifiée, j’ai vraiment pu en profiter. Je n’avais plus rien à perdre, j’étais détendue, juste là pour savourer. À l’inverse, sur les programmes courts, en équipe comme en individuel, il y avait beaucoup plus de pression. Maintenant, j’ai besoin de quelques semaines de repos. J’en ai besoin, cela fait plusieurs saisons que j’enchaîne sans pause. J’ai besoin d’une vraie période de récupération.”
Solène Mathieu - Skate Info Glace
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