
Aux championnats du monde, Camille Kovalev et Pavel Kovalev ont dû composer avec une préparation compliquée, marquée par un manque d'heures de glace et peu d’entraînement. Ils se sont classés 17e à Prague. Les Français se tournent désormais vers la suite, avec l’envie de continuer jusqu’en 2030, tout en réfléchissant à l’après-carrière et à l’équilibre à trouver pour les années à venir.
Skate Info Glace : Quel bilan tirez-vous de cette compétition ?
Camille : Nous sommes plutôt contents tous les deux.
Pavel : Au vu de la préparation que nous avons eue, ce n’était pas si mal. C’est bien que vous n’ayez pas vu comment la préparation s’est déroulée ! (rires)
Skate Info Glace : Aviez-vous un objectif particulier pour cette compétition ?
Camille : Terminer les programmes (rires). Plus sérieusement, essayer de faire au mieux, comme sur l’ensemble de la saison. Nous ne pensions pas forcément réaliser nos meilleures performances à Prague. L’objectif est surtout de se faire plaisir. Mais sur le programme libre c’était difficile, je ne pensais qu'à résister jusqu'à la fin.
Pavel : En tant que sportifs, nous avons toujours des doutes, même lorsque nous sommes prêts. Alors quand nous ne le sommes pas totalement, cela devient forcément plus compliqué.
Skate Info Glace : Comment vous êtes-vous sentis sur les sauts ?
Camille : Le twist était bien, je pense que c’est le meilleur que nous ayons fait comparé à ceux des entraînements. Le triple flip s’est bien passé. Nous étions aussi en difficulté ces dernières semaines, avec souvent des chutes ou parfois un déclenchement en simple uniquement.
Skate Info Glace : Un saut lancé déclenché en simple ? C’est rare.
Pavel : Oui, c’était vraiment compliqué après les Jeux olympiques…
Skate Info Glace : Vous évoquez une préparation difficile, que s’est-il passé ?
Camille : Nous avons eu peu d’heures d’entraînement, et souvent sur des créneaux auxquels nous ne sommes pas habitués, notamment très tôt le matin, avec une vingtaine de personnes de niveaux différents, en individuel, et nous étions au milieu à essayer de travailler nos éléments de couple.
Pavel : Le stress n’a pas particulièrement augmenté, mais les conditions d’entraînement n’étaient pas idéales. C’est pour cela que je suis plutôt satisfait de ce que nous avons fait. Nous n’avons patiné le programme libre que deux fois depuis les Jeux olympiques.
Camille : La semaine avant les Jeux, nous avions commencé à rencontrer des problèmes d’heures de glace. Heureusement, grâce à la FFSG, nous avons pu acheter des heures de glace, mais cela reste très coûteux à Angers, donc nous ne pouvons pas le faire régulièrement. Nous savions qu’en rentrant des Jeux, nous n’aurions plus beaucoup de créneaux.
Skate Info Glace : Comment est-ce possible ?
Pavel : Notre club est une belle structure, mais il n’est pas organisé pour le haut niveau.
Camille : C’est aussi en partie privé, avec l’UCPA, donc cela coûte très cher.
Pavel : Nous sommes seuls à faire du haut niveau. Si nous étions dix, la situation et le coût seraient différents.
Skate Info Glace : Avec ces difficultés, comment expliquez vous que vous arriviez à proposer des programmes de haut niveau ? L’adrénaline, l’expérience ?
Camille : Bruno nous a répété plusieurs fois de nous faire confiance. La saison a été bonne jusqu’aux Jeux, donc cela ne disparaît pas du jour au lendemain sur le plan technique. L’adrénaline aide peut-être un peu aussi. Et puis nous avons l’expérience, nous savons faire. Il faut simplement réussir à se faire confiance.
Skate Info Glace : Quel bilan tirez-vous de vos Jeux olympiques ?
Camille : Quelles que soient les compétitions, nous prenons toujours de l’expérience. Les Jeux nous ont sans doute permis de mieux gérer notre stress, car c’était le moment le plus intense à ce niveau. Nous avons réussi à prendre du plaisir, donc cela nous encourage à nous faire davantage confiance. L’ambiance ici nous booste aussi. Nous étions un peu hésitants à l’idée de venir aux mondiaux après les Jeux, car la préparation était compliquée, mais nous nous rendons compte que c’est une vraie chance d’être ici. Tout le monde n’a pas l’opportunité de participer à des championnats du monde et nous n’en ferons pas quarante. Il faut donc en profiter au maximum.

Skate Info Glace : Vous avez annoncé vouloir continuer jusqu’en 2030, donc vous participerez encore à plusieurs championnats du monde.
Pavel : Nous verrons au fur et à mesure si nous patinons les quatre saisons ou si nous faisons des pauses. Quatre ans, c’est long.
Skate Info Glace : Cette décision de continuer jusqu’en 2030 a surpris plus d’une personne.
Camille : (rires) Oui, tout le monde nous dit que nous sommes fous d’être encore ici. Alors 2030…! Mais quand je vois les Canadiens Deanna Stellato et Maxime Deschamps, je me dis pourquoi pas. Pourquoi eux pourraient le faire et pas nous ?
Pavel : Pour nous, être sportifs ne se résume pas à performer. C’est un mode de vie. Nous aimons la compétition, bien sûr, mais surtout nous aimons nous entraîner. C’est notre quotidien. Pour certains, le but est de réussir puis de passer à autre chose. Pour nous, cela fait partie intégrante de notre vie.
Camille : Pour le moment, nous ne nous voyons pas arrêter de patiner. Quatre ans, c’est long, mais quand on aime cela…
Skate Info Glace : Guillaume Cizeron évoquait une forme de peur du vide après la compétition ou la fin de carrière. Est-ce que cela vous parle ?
Camille : Je pense que cela fait un peu peur. On nous prépare toujours en nous demandant ce que sera la suite, l’après-carrière, en nous incitant à construire un projet professionnel. Mais même avec un diplôme ou un projet, cela ne se met pas en place immédiatement, donc cela peut être inquiétant. Et puis il y a aussi la question de notre relation : nous sommes ensemble en permanence, toute la journée, et nous ne travaillerons peut-être plus forcément ensemble. Nous nous verrons sans doute moins et notre relation va forcément évoluer.
Pavel : Nous allons peut-être vivre une année chez les parents de Camille, puis une année chez les miens (rires). Je ne les ai pas vus depuis huit ans, donc cela me ferait plaisir.
Skate Info Glace : Avez-vous déjà des idées de programmes ou de musiques pour la saison prochaine ?
Camille : Pour l’instant, la question que nous nous posons surtout, c’est de savoir si nous aurons le temps de changer de programmes. Je dois me faire opérer d’une épaule, voire des deux, et Pavel envisage peut-être de se faire retirer les vis dans sa cheville. Cela implique un arrêt, puis une phase de récupération et de rééducation. Donc la question est de savoir si nous aurons le temps de monter de nouveaux programmes pour être prêts au début de la saison.
Skate Info Glace : Quand vous dites qu’on vous parle de l’après-carrière, qui vous accompagne sur ces sujets ?
Camille : De manière générale, c’est la fédération, mais aussi les structures qui nous entourent, comme l’ANS ou le CREPS. Nous avons des formations et des échanges réguliers sur ce que nous voulons faire plus tard, si nous avons déjà des diplômes, et comment ils peuvent nous accompagner si ce n’est pas le cas. Par exemple, Pavel a pu financer son diplôme via l’AFDAS en tant que sportif de haut niveau. Ce type de dispositifs existe pour nous aider à construire la suite.
Skate Info Glace : Et vous, avez-vous déjà des idées pour l’après ?
Camille : J’aimerais travailler en crèche. J’ai commencé un CAP Petite Enfance. Pavel a déjà son diplôme d’entraîneur.
Pavel : Ce sera peut-être un petit business (rires). Camille amènera les enfants de la crèche à la patinoire.

Solène Mathieu - Skate Info Glace
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