La Reine Kaori Sakamoto

© Alice Alvarez / Kaori Sakamoto
© Alice Alvarez / Kaori Sakamoto
 

Les championnats du monde s’annonçaient palpitants chez les dames, avec une équipe japonaise en position de viser un triplé, tandis qu’Amber Glenn affiche clairement ses ambitions de médaille mondiale.

 

La compétition se déroule toutefois sans Alysa Liu. Sacrée championne olympique quelques semaines plus tôt, l’Américaine a déclaré forfait. Sa trajectoire médiatique est impressionnante, avec un engouement rarement vu dans la discipline : huit millions d’abonnés sur les réseaux sociaux, des contrats de sponsoring prestigieux avec Nike et Vuitton, et des apparitions remarquées lors d’événements internationaux, aux côtés de stars internationales telles que Zendaya. Elle profite pleinement de son titre olympique.

 

La grande figure de ces Mondiaux reste Kaori Sakamoto. Triple championne du monde, elle aborde ici les derniers instants de sa carrière. Déçue de sa médaille d’argent aux Jeux Olympiques derrière Alysa Liu, elle patine à Prague sur Time to Say Goodbye pour offrir un dernier moment d'émotion au public. La performance est parfaitement maîtrisée. Avec 79,31 points, elle prend la tête, frôlant la barre des 80.

 

Kaori : "Je suis très contente de mon programme. Cela fait une semaine que je réussis des performances sans faute aux entraînements. Aux JO en 2022, j'ai gagné une médaille de bronze de manière un peu miraculeuse. J'ai gagné la médaille d'argent à Milan, mais je voulais autre chose. A Boston, après ma deuxième place aux championnats du monde, j'étais très triste. Après Milan, la tristesse était encore plus grande. Beaucoup de personnes fondaient des espoirs sur moi, c'était difficile de les décevoir. Je ne veux avoir aucun regret à Prague, mais gagner un quatrième titre n'est pas une obsession non plus."

 

Mone Chiba la suit de très près avec 78,45 points. Une performance remarquable, d’autant qu’elle devance même Kaori Sakamoto sur le plan technique grâce à des niveaux quatre sur tous ses éléments. Kaori laisse en effet échapper un niveau sur sa séquence de pas et un autre sur une pirouette.

 
© Alice Alvarez / Mone Chiba
© Alice Alvarez / Mone Chiba

 

Amber Glenn prend la troisième place. Après un triple Axel réussi, elle enchaîne une combinaison triple flip triple boucle piqué correcte, avec une réception légèrement incomplète sur le boucle piqué. L’attention se portait surtout sur le triple boucle, élément qui lui avait coûté cher aux Jeux olympiques. Cette fois, il est bien passé. Elle obtient 72,65 points, mais reste à distance du duo de tête.

 

Amber : "J'étais très concentrée. Je pense que j'ai fait mon travail et j'ai profité de la séquence de pas même si mes deux premiers sauts n'étaient pas parfaits. Je suis contente d'être sur le podium provisoire et de ne pas devoir remonter au classement pour accrocher le podium. Il y a une citation célèbre en patinage qui dit qu'on ne gagne pas une compétition avec un programme court, mais qu'on peut la perdre. J'en ai fait les frais dans le passé. Le programme libre fonctionne bien pour moi, donc je dois simplement réitérer ce que je fais aux entraînements. Après les Jeux Olympiques, j'ai reçu des invitations à des évènements, mais j'en ai refusé beaucoup. C'était un crève-cœur mais c'était plus raisonnable puisque je devais préparer ces championnats du monde. J'ai vu l'engouement autour d'Alysa et je suis heureuse que le patinage reçoive autant d'attention. J'ai repris l'entraînement, j'étais malade, mais j'ai fait mon travail. J'ai rencontré des problèmes sur le triple Axel aux entraînements à Prague mais nous avons corrigé cela par une approche très logique et technique avec mon entraîneur, et en calmant la voix dans ma tête qui peut parfois me donner des doutes. Je n'oublierai jamais la perte de contrôle sur le triple boucle des Jeux Olympiques. J'ai travaillé ma concentration, surtout que c'est l'un de mes sauts préférés, je ne peux le faire les yeux fermés. Je dois rester dans le moment. C'est uniquement une question de confiance."

 

Interrogée sur l'extrait vidéo des Jeux Olympiques, où on voit Amber Glenn demander à un caméraman indiscret d'arrêter de filmer Kaori Sakamoto en larmes :

Amber : "Après mon programme court, on m'a filmé en train de pleurer. Nous sommes humains, nous ne faisons pas de la télé-réalité, et nous n'avons pas signé pour qu'on nous filme en larmes. J'ai trouvé que c'était intrusif. J'ai voulu protéger Kaori, je suis contente si ce geste a été apprécié, mais n'en faisons pas toute une histoire, c'était juste de la décence. J'avais le cœur brisé de voir Kaori et Mone pleurer. En plus, Mone pleurait autant pour Kaori que pour elle-même !"

Mone : "Je suis reconnaissante envers Amber. J'avais beaucoup d'émotions. J'avais fait tout ce que j'ai pu, mais j'étais déçue de ne pas être sur le podium. Amber m'a dit des mots qui m'ont rassurée."

Kaori : "Amber a fait tellement pour notre sport. Avoir quelqu'un comme elle en compétition m'a fait me sentir plus forte. D'habitude, des rivales ne sont pas amies. Amber a cassé ce stéréotype. Elle veut aider tout le monde. Je l'admire et je parle pour toutes les patineuses japonaises quand je dis cela."

Amber essuie alors quelques larmes.

 

Amber et Kaori ont ensuite été interrogées sur le chemin parcouru depuis leur premier Grand Prix junior, en 2013 à Ostrava, en Tchéquie. Kaori Sakamoto s'était classée sixième, tandis qu'Amber Glenn était troisième.

 

Elles ont partagé quelques souvenirs :

Kaori : "Il n'y avait presque personne dans le public en 2013 !  Aujourd'hui la patinoire était remplie, c'est un beau chemin ! Ces treize années sont passées si vite. Les carrières des patineuses ont parfois été assez courtes, mais je pense qu'Amber et moi avons montré une certaine longévité."

Amber : "Je suis d'accord avec Kaori, qui est une patineuse que j'ai idolâtrée. Je me souviens avoir regardé son programme libre des JO de Pékin tellement de fois ! Je suis fière de nos chemins respectifs."

 

© Alice Alvarez / Amber Glenn
© Alice Alvarez / Amber Glenn

 

Isabeau Levito se classe quatrième avec 72,16 points. Elle a suscité des interrogations en incluant une combinaison triple Lutz triple boucle, régulièrement chutée à l’entraînement. Ce choix technique interroge : la valeur de base de la combinaison rapporte à peine plus qu’un triple Lutz triple boucle piqué, tout en étant bien plus risquée. Elle la réussit ici, mais avec des GOE négatifs, là où ses concurrentes obtiennent des GOE positifs sur une combinaison plus classique, et un total donc plus élevé. Le jeu n'en vaut pas la chandelle. 

 

Nina Pinzarrone réalise un très joli programme sur Send in the Clowns. Sans erreur, elle obtient 71,82 points, un nouveau record personnel, et prend la cinquième place.

 

Anastasiia Gubanova signe également un programme propre et se classe sixième.

 

Lara Naki Gutmann, malgré quelques hésitations en réception, livre un programme solide. Son contenu technique, moins ambitieux avec une combinaison de deux triples boucle piqués, la limite toutefois à la septième place.

 

Ami Nakai, médaillée de bronze surprise aux Jeux olympiques, manque son triple Axel transformé en double et mal réceptionné. Elle réussit en revanche une très belle combinaison triple Lutz triple boucle piqué ainsi qu’un triple boucle propre. Elle se classe huitième.

 

Sarah Everhardt propose un programme sans faute, porté par des sauts amples et fluides. Si le choix musical reste assez classique, la qualité technique est au rendez-vous et le public applaudit sa chorégraphie sur des musiques irlandaises. Elle prend la neuvième place, devant Haein Lee, dixième.

 

Niina Petrokina confirme sa bonne saison. Double championne d’Europe, elle livre une performance engagée et convaincante. On peut toutefois noter un manque de vitesse en sortie de sauts et des rotations parfois limites, qui freinent son score, malgré un potentiel évident. Elle est onzième.

 

Sofia Samodelkina apparaît moins confiante qu’aux Jeux Olympiques, mais réalise un programme solide. Une légère hésitation sur le double Axel et une rotation un peu juste sur le triple boucle piqué de la combinaison lui coûtent quelques points. Elle se classe douzième.

 

© Alice Alvarez / Lorine Schild
© Alice Alvarez / Lorine Schild

 

Lorine Schild réalise un programme sans erreur. Deux pirouettes sont toutefois limitées au niveau 3, mais l’ensemble reste très propre. Elle assure largement sa qualification pour le programme libre avec une dix-septième place.

 

Lorine : "Je me suis très bien sentie sur la glace. J’étais un peu stressée, mais je voulais vraiment profiter de cette dernière compétition. J’avais tout de même moins de stress qu’aux Jeux Olympiques. Après les Jeux, c’était un peu compliqué de se remettre dedans. J’avais atteint l’objectif de ma saison en y allant, donc je suis surtout venue à Prague pour prendre du plaisir. J’ai pris une petite semaine de repos, puis j’ai enchaîné avec trois semaines complètes d’entraînement. Être ici après les Jeux, c’est déjà un challenge en soi. Mon objectif principal était de passer la qualification, de prendre du plaisir et de faire ce dont je suis capable. J’ai perdu un point sur la déduction de temps. Je suis toujours un peu juste sur la durée du programme. À la fin, en tournant la tête, je me suis rendu compte que je m’étais trompée de côté, donc je l’ai tournée à nouveau. Je pense que c’est cela qui m’a fait perdre une seconde."


 

Solène Mathieu - Skate Info Glace

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