
Loïcia Demougeot et Théo Le Mercier ont terminé 9e des championnats d'Europe. Nous sommes revenus ensemble sur leur saison, entre déception, prise de recul et combativité.
Skate Info Glace : Quel bilan tirez-vous de ces Championnats d’Europe ?
Loïcia : Nous sommes plutôt satisfaits des deux programmes. Sur le libre, nous aurions aimé donner encore un peu plus. Il y a eu un souci sur les twizzles, que nous n’expliquons pas encore, mais nous analyserons cela. Nous étions venus avec l’objectif de réaliser deux bons programmes, et je pense que nous y sommes parvenus.
Théo : L’attente a été longue pour tout le monde, il y a eu pas mal d’erreurs dans la compétition. Nous sommes contents d’avoir fait un programme propre. Souvent, ce sont les messieurs qui finissent la semaine, et cela faisait très longtemps que nous n’avions pas patiné en dernier. C’est vraiment long, nous avons le temps de réfléchir, trop réfléchir.
Skate Info Glace : C’étaient déjà vos cinquièmes Championnats d’Europe ! Qu’est-ce qui a changé entre le premier et le cinquième Championnat d’Europe ?
Théo : Nous avons beaucoup grandi et appris grâce à toutes ces expériences. Nous sommes très reconnaissants d’avoir pu participer à toutes ces compétitions et nous espérons pouvoir continuer à l’être à l’avenir. Nous avons beaucoup évolué, chacun de manière différente, mais aussi ensemble. C’est cela le plus important : le chemin que nous construisons à deux et la carrière que nous bâtissons ensemble, et que nous avons envie de poursuivre.
Skate Info Glace : Loïcia, je sais que vous êtes proche de Kevin Aymoz. Sa contre-performance vous a-t-elle perturbée ?
Loïcia : J’ai appris à me mettre vraiment dans le moment présent. En dehors de la glace, j’étais évidemment très déçue pour lui, j’aurais aimé que cela se passe autrement. Mais une fois que c’est l’heure de monter sur la glace, j’arrive à couper. Ne serait-ce que pour Théo, je ne peux pas me laisser impacter, parce que nous sommes deux et que j’ai aussi envie de bien faire pour lui.
Skate Info Glace : Avez-vous modifié le porté courbe dans la danse libre ? Il m’a semblé différent.
Théo : Non, il peut sembler légèrement différent d’une fois à l’autre, selon comment nous le réussissons. Il passe, mais nous sentons que ce n’est pas encore optimal. Je reste un peu sur ma faim, car je sais qu’il peut être bien meilleur que cela. Par ailleurs, la tenue que je porte en compétition, avec les épaulettes, modifie mes sensations, par rapport à l’entraînement à Villard.
Loïcia : Au départ, nous voulions davantage de hauteur, mais comme je suis grande, il est difficile pour Théo de partir en courbe sans être déséquilibré par ma taille. Nous avons donc cherché une option qui rende bien visuellement, sans être gênés par nos morphologies. Il y a des portés que nous ne pourrons jamais tenter. Trouver de nouveaux portés est toujours très compliqué pour nous et cela demande énormément de temps en hors-saison.
Théo : Pour nous, il est très difficile de créer de nouveaux portés. Il y a des couples pour qui les idées et la réalisation arrivent très vite, presque naturellement. De notre côté, cela prend toujours beaucoup de temps. Malgré tout, nous sommes contents des portés que nous avons cette année, ils sont vraiment intéressants. Le problème, c’est qu’il y a un taux d’échec important à l’entraînement sur le porté courbe : parfois, il ne monte pas du tout. Aux Championnats de France, c’est d’ailleurs ce qui a failli se produire. En vidéo, il ne paraît pas si difficile, mais nos morphologies font que ce porté reste toujours délicat à exécuter.

Skate Info Glace : Revenons sur vos Grands Prix. Qu’est-ce que vous en retenez ?
Théo : La stratégie était claire : nous voulions aller chercher une place aux Jeux Olympiques, et pour cela, nous avions décidé de faire un maximum de compétitions. Nous sommes arrivés très prêts aux Masters. Nous avons ensuite fait une compétition à Bratislava, qui s’était bien passée. Nous n’étions pas si loin d’Evgeniia et Geoffrey. Nous sentions qu’il y avait une vraie opportunité, même si cela allait être très difficile. Et c’est là que je suis tombé très malade. Je ne pouvais plus me lever. Pendant une semaine, Loïcia a patiné seule. En arrivant en compétition en Géorgie, nous ne savions pas si nous allions patiner. Finalement, nous décidons de faire la danse rythmique, qui se passe relativement bien, puis Loïcia tombe malade à son tour la veille du libre. Le programme était propre, mais cela se voyait que nous étions épuisés. Les deux semaines avant le Grand Prix de Chine ont été consacrées à une remise en forme. En Chine, il y a eu un accroc sur la pirouette, et le résultat a été très décevant. Nous étions quatrièmes après la danse rythmique et nous aurions pu le rester avec une bonne performance, mais nous chutons à la sixième place. Cela a entraîné une grosse remise en question de notre fonctionnement en compétition, d’autant plus qu’il y avait eu des frictions entre nous à l’entraînement du matin. Nous savions déjà en rentrant de Chine que la qualification olympique serait très compromise, et commencer à l’accepter n’a pas été simple. La quatrième place au Skate America a été un vrai soulagement. Nous avons réussi à repartir au combat et à faire une très bonne compétition.
Skate Info Glace : Est-ce que ce résultat vous montre qu’à partir de l’année prochaine, vous pouvez commencer à viser des podiums en Grand Prix ?
Théo : J’avoue que j’y pense.
Loïcia : Cela fait plusieurs fois que nous terminons quatrièmes et qu’il ne reste plus qu’une petite marche à franchir. Si un athlète va en Grand Prix en disant qu’il ne veut pas aller chercher un podium, il se ment un peu à lui-même. Évidemment que nous y pensons, et cela fait même déjà quelque temps. Nous savons que c’est possible si nous réalisons de très belles performances. En danse, on dit souvent que tout est joué d’avance, parce que certains couples sont installés depuis longtemps et que la maturité et l’expérience comptent beaucoup. Mais ces dernières années, nous voyons aussi que de plus en plus de couples ont un niveau assez proche, et que le système de jugement fait qu’à la moindre erreur, on peut perdre beaucoup de points très vite. Il faut donc être de plus en plus solides partout et tout le temps. Nous allons continuer le chemin que nous avons commencé. Si cela nous amène sur le podium, tant mieux. Sinon, nous continuerons à travailler jusqu’à ce que cela fonctionne.

Skate Info Glace : La place olympique était forcément dans vos têtes. Avec le recul, arrivez-vous déjà à voir du positif dans cette déception, ou est-ce encore trop tôt ?
Théo : La grosse déception est arrivée en début d’année dernière, au moment où la décision de Laurence et Guillaume nous a été annoncée. Notre réaction à chaud était un sentiment d’injustice. Ensuite, nous nous sommes dit que nous allions travailler, tout donner et nous battre par le sport. Nous avons décidé de travailler comme des fous pour essayer d’aller chercher cette place. Cela nous a aidés à digérer l’information, à prendre du recul et à voir les choses avec plus de maturité. Avec le temps, nous avons aussi compris que la fédération avait fait un choix logique. Guillaume est le meilleur patineur de tous les temps. Djamel Cheikh, notre Directeur Technique National, a été très transparent avec nous tout au long de l’année. Nous avons beaucoup communiqué, il n’a jamais cessé de nous encourager. Cela nous a énormément aidés à préparer la saison et à performer du mieux possible. Quand la décision finale de la sélection aux JO est tombée, nous savions déjà depuis longtemps que c’était compromis. La réaction initiale début 2025 était sans doute un peu immature, mais aussi très humaine. Avec le recul, nous relativisons : cela reste du sport. Nous avons déjà énormément de chance de participer à ces compétitions depuis toutes ces années. Aller aux JO aurait été exceptionnel mais la France sera très bien représentée. Laurence et Guillaume vont aller chercher la médaille d’or. Evgeniia et Geoffrey réalisent des résultats incroyables depuis quatre ans. Nous devons rester prêts en cas de forfait, mais surtout, nous espérons que tout se passera au mieux pour eux. Pendant la période des Jeux, ce sera forcément un peu difficile. Quand nous voyons sur les réseaux sociaux les annonces des sélections, en France et ailleurs, il y a un pincement au cœur. Mais aujourd’hui, nous avons digéré, nous voyons les choses différemment, et tout cela nous a aussi poussés à vouloir être meilleurs.
Loïcia : Nous n’avons pas réagi de la même manière au départ. Théo a exprimé ses émotions très vite, alors que de mon côté, cela a été plus progressif. C’était difficile, parce nous commencions la saison en nous disant que la sélection serait probablement hors de portée. Après les Masters, nous étions relativement proches d’Evgeniia et Geoffrey par rapport aux saisons précédentes. En revanche, après la Chine, qui a été la première vraie confrontation internationale avec eux, nous avons vu que l’écart était plus important. C’est là que nous avons vraiment réalisé. En discutant avec Karine, nous avons pris conscience que nous étions passés très vite sur la déception de la non-sélection, parce que nous nous étions réfugiés dans le travail, en voulant mettre toutes les chances de notre côté. Nous n’avions pas vraiment pris le temps de mesurer ce que cela représentait pour nous. À l’entraînement, c’était très dur. À un moment, c’est devenu insupportable, je n’avais plus rien à donner. Il y a eu un jour de trop, où j’ai craqué. Mettre des mots sur ma déception m’a fait du bien. Oui, nous sommes déçus. Oui, nous nous sommes battus jusqu’au bout et cela n’a pas suffi. Mais nous n’avons pas baissé les bras. Il faudra continuer à se battre encore davantage pour les années à venir. Mais aujourd’hui, il y a trois Français dans le top 10 européen, c’est beau.
Skate Info Glace : Êtes-vous accompagnés par un psychologue ou un préparateur mental ?
Loïcia : Nous n’avons pas forcément les mêmes besoins mais nous travaillons tous les deux avec une préparatrice mentale. J’en ai beaucoup parlé avec elle au début, puis pendant la saison, je n’ai pas ressenti immédiatement le besoin d’y revenir. Comme je travaille avec elle depuis un moment, j’ai appris à reconnaître certains signes, à mieux m’écouter et à mieux me comprendre. Le jour où j’ai craqué à l’entraînement, j’ai compris que ce n’était pas lié à un twizzle manqué ce jour-là, mais qu’il y avait beaucoup plus derrière. Accepter cela m’a aidée, me dire que j’avais le droit de ressentir cela et que j’avais le droit de mettre plus de temps que prévu à accepter la situation et à passer à autre chose. Le fait de le verbaliser aide vraiment à avancer ensuite. C’est important d’avoir un regard extérieur, quelqu’un qui n’est pas au quotidien avec nous, qui a une vision plus globale et qui peut nous aider à nous recentrer et à relativiser.

Skate Info Glace : J’étais étonnée de vous voir inscrits à la Challenge Cup, qui démarre dans quelques jours. Pourquoi ce choix ?
Loïcia : La deuxième partie de saison est toujours particulière quand on ne participe pas aux grands championnats. Il n’y a pas beaucoup de compétitions possibles. C’est donc l’occasion de refaire une compétition, avec une pression très différente de celle des Championnats d’Europe. De janvier à septembre, nous avons certes du temps pour travailler, mais au moment de reprendre la compétition, quand on n’a pas patiné de programmes depuis mi-janvier, se remettre dans le rythme et dans l’ambiance de compétition peut être compliqué.
Skate Info Glace : Théo, on entend parfois que vous avez un petit côté Scott Moir sur la glace. Qu’en pensez-vous ?
Loïcia : Cela va lui faire plaisir !
Théo : Forcément, cela me fait plaisir. C’est mon idole, mais personne ne peut se comparer à Scott Moir.
Skate Info Glace : Vous me disez tout à l’heure que Guillaume était le plus grand danseur de tous les temps. Alors, plutôt Scott ou Guillaume ?
Théo : Je dirais Scott, parce que j’ai grandi avec lui. Quand j’étais plus jeune, dans les années 2010, c’est lui que je regardais à la télévision. Après, choisir le meilleur entre les deux est très compliqué... Objectivement, je pense que Guillaume est le meilleur patineur, mais j’ai toujours adoré Scott. Tous les programmes de Tessa et Scott ont été incroyables à regarder. Grandir avec ces références et s’en inspirer, c’est très fort.
Solène Mathieu - Skate Info Glace
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