Kevin Aymoz: "Montrer mes émotions est ce que je sais faire de mieux."

© Alice Alvarez / Kevin Aymoz
© Alice Alvarez / Kevin Aymoz
 

Après sa victoire au Skate America, Kevin Aymoz s’est adjugé à Briançon un septième titre de champion de France.

 

Comment avez-vous vécu votre programme libre ?

Kevin : C’était très dur, on sent vraiment les 1300 mètres d’altitude, mais je suis trop content. J’avais envie de tenter un quadruple Salchow aujourd’hui, mais ce n’était pas le jour pour viser une performance olympique, donc je suis heureux de ce que j’ai produit. J’ai un peu joué avec le règlement, en choisissant des éléments plus simples pour aller chercher les GOE. C’est ce qui paie. J’ai placé une combinaison en entrée de programme : un double Axel triple boucle piqué en ouverture, ça fait peur en fait.

 

Vous savez faire cette combinaison depuis très longtemps pourtant… 

Kevin : Justement ! On se dit que ce n’est qu’un double Axel, mais avec la vitesse, il faut faire attention. Ce n’est pas la même énergie qu’un triple. Il faut réussir à contrôler ce petit facteur. Dès que c’est passé, je me suis dit que les autres sauts allaient suivre. Pour le boucle, en revanche, j’étais en panique totale.

 

Vous avez adressé un grand sourire à Françoise après le boucle.

Kevin : Quand je l’ai fait, oui, j’étais heureux. Après, je me suis trompé de pirouette et j’ai fait celle du programme court. Elle compte, mais je n’ai pas le niveau que je voulais. Mais si on m’avait dit un jour que je serais sept fois champion de France, je ne l’aurais jamais cru. Ces deux dernières semaines, j’avais vraiment peur, parce qu’avec la douleur au pied je n’ai pas pu travailler les quadruples, et les programmes à l’entraînement étaient très durs. J’étais un peu triste, parce que je me disais que je ne pourrais pas rivaliser pour le titre alors que j’en ai le potentiel. Je suis arrivé en me disant : tu fais ce que tu as à faire, ce sera une mise en situation pour la suite. Je suis très fier de moi, je n’ai rien lâché. 

 

Qu’aviez-vous en tête à la fin du programme, lorsque vous commencez à courir pour la séquence chorégraphique ?

Kevin : Un peu comme dans un film de fin du monde, quand il faut courir parce que tout explose. Je me dis que je vais mourir à la fin, donc ce n’est pas grave, il faut y aller. Cela fait un peu film d’action. J’adore ce moment du programme, c’est stylé.

 

Est-ce ce mal au pied qui explique l’absence de quadruple boucle piqué ?

Kevin : Le boucle piqué, cela fait mal quand on tape, c’est violent. Avec Françoise et Silvia, on s’est dit : imaginons que cela arrive aux Jeux. Qu’est-ce qu’on fait ? On s’arrête et on va pleurer ? Non. On change de stratégie. On a décidé de travailler le Salchow. Cela fait mal aussi, mais il n’y a pas le choc du piqué, donc je peux gérer la douleur. Je suis très fier, parce que je faisais le Salchow il y a quatre ans, puis j’ai arrêté et maintenant j’y reviens. En six compétitions, cinq victoires : c’est la première fois de ma carrière. Je suis sur un petit nuage. C’est un travail d’équipe : mes coachs en Floride et en France, mon préparateur mental, mon préparateur physique, mes amis. Je suis tyrannique avec ma famille et mon copain, je leur fais vivre un enfer. Je vais essayer de me détendre un peu. Mais je remercie tous les gens autour de moi ainsi que les supporters.

 

© Alice Alvarez / Kevin Aymoz
© Alice Alvarez / Kevin Aymoz

 

Le programme court à deux quadruples, est-ce un objectif ?

Kevin : J’adorerais. Si on veut une médaille aux Jeux, il faut le faire, on ne va pas se raconter d’histoires. Mais je jouerai la stratégie. Là, il y a une erreur et je suis à 88 sur le programme court. Je trouve que le jury français a été juste. Donc je me dis : 88 avec une erreur sur le quadruple, et des composantes qui ne sont pas au maximum… Si j’assure un 95 sur le programme court, c’est déjà très bien pour se placer avant le libre. On ne gagne pas une compétition sur le programme court, mais il ne faut pas partir avec du retard. Si on est aussi doué qu’Adam pour les remontadas, tant mieux, mais je n’aime pas ce genre de pression. Donc deux quads, c’est intéressant. Mais il faut jouer avec le règlement : les GOE priment, mieux vaut un triple boucle piqué avec +5 qu’un quadruple Salchow sur deux pieds. J’aimerais rivaliser avec les meilleurs en mettant deux quadruples. J’ai tenté à Zagreb, c’est presque passé, j’étais content.

 

Vous avez surpris tout le monde en changeant de programme court.

Kevin : Il était super, mais je n’avais pas vraiment reçu de retour positif.

 

Moi je vous fais un retour !

Kevin : Mais c’est trop tard ! Si tout le monde m’avait dit ça pendant que je le patinais, je l’aurais peut-être gardé. Beaucoup de juges, quand je leur demandais, répondaient “c’est sympa, cela change”, mais les scores ne montaient pas. J’ai déjà présenté des programmes moins fun que Lady Gaga, et on me disait que c’était super. Donc c’est un peu mon coup de gueule : si vous aimez, dites-le aussi. Mon nouveau programme court, je l’aime autant que Lady Gaga. Je veux montrer de vraies lignes de patinage. Je n’aurai jamais la prestance ou la glisse de Guillaume, mais l’objectif est de tendre vers ce qu’il présente avec Laurence. Je veux quelque chose tout en légèreté, avec de l’émotion. Montrer mes émotions est ce que je sais faire de mieux. Ce nouveau programme porte un message intérieur. Judas reviendra, mais pas tout de suite. À Prague, aux Mondiaux, ce sera parfait, il y aura moins d’enjeux, ce sera la fête du patinage. Et puis ce costume, je l’adorais. C’est moi qui l’ai dessiné, avec l’épaulette, les pics… J’ai aussi hâte d’avoir le nouveau costume, un satin bleu qui bouge comme de l’eau. Fancy !

 

© Alice Alvarez / Kevin Aymoz
© Alice Alvarez / Kevin Aymoz
 

Un mois après la victoire au Skate America, quelles émotions restent en mémoire ?

Kevin : Un truc de zinzin. Cela a été très dur, parce que je savais qu’au Skate Canada ce serait compliqué et que je n’étais pas prêt au niveau cardio. J’ai tenté un quadruple et je l’ai réussi par miracle, alors que je ne l’avais pas travaillé depuis un mois. Pour le reste, je n’avais plus les jambes, donc je connaissais la fin d’avance. Pour le Skate America, nous y sommes allés en nous disant : si je patine bien, tant mieux, si je patine mal, on verra ce qu’il faudra changer. J’étais très extérieur à la pression : Kazuki Tomono était stressé parce qu’il avait bien patiné au Skate Canada, Daniel Grassl voulait se qualifier pour la finale, Nikolaj Memola était stressé, Mikhail Shaidorov pareil. Je les voyais tous très tendus, et moi j’étais complètement détaché. Dans les programmes, j’ai fait ce que je savais faire. Je ne contrôle pas ce que font les autres, et après, c’est la magie du sport. C’était un cadeau de Noël en avance.

 

Faites-vous une pause pour les fêtes ?

Kevin : Oui. On ne dirait pas, mais quand je patine, j’ai mal. Pendant les performances, j’essaie de prendre sur moi, d’utiliser l’adrénaline et de ne pas y penser, mais en arrière-plan, la douleur est là. Mon objectif, c’est de performer aux championnats d’Europe et aux Jeux Olympiques, donc je vais tout faire pour. On a fait des examens, ils ne trouvent rien, mais j’ai mal.

 

Quel est votre bilan de ces dernières années et votre projection pour la suite ?

Kevin : J’espère avoir fait le nécessaire sur les quatre dernières saisons. Je suis content parce qu’à part les championnats d’Europe qui ont été une catastrophe, j’ai réussi à tenir. J’ai compté : depuis le Skate America de l’an dernier, il n’y a que trois compétitions sur seize où je ne suis pas sur le podium. Maintenant, j’arrive à apprécier mon parcours, parce qu’avant, quand je réussissais une compétition, cela me mettait une pression énorme. Je me disais qu’il faudrait faire mieux, et chaque retour à l’entraînement devenait dur, les compétitions aussi. Aujourd’hui, je me sens adulte, plus aguerri. Je coache un peu, je fais des chorégraphies. Je vais faire une saison de plus, c’est sûr, parce qu’il y a les Championnats d’Europe à Lausanne, et le World Team Trophy. C’est la compétition la plus fun, j’ai envie d’aller au Japon, m’amuser et représenter l’équipe de France. Concernant les Grands Prix, j'aimerais faire le NHK pour emmener ma mère avec moi au Japon. Elle m’a suivi partout quand j’étais petit, mes parents ont beaucoup donné financièrement pendant des années, et j’aimerais leur offrir cette possibilité de voyager.

 

© Alice Alvarez / Kevin Aymoz
© Alice Alvarez / Kevin Aymoz

 

Solène Mathieu - Skate Info Glace

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Commentaires: 2
  • #1

    Françoise Douay (lundi, 22 décembre 2025 15:30)

    Fabuleux parcours Kevin on vous suis depuis le début et quel plaisir vous nous offrez chaque fois
    On est transporté dans un autre monde celui de la danse de la grâce et des performances vous nous faites vibrer
    Pur tout cela un immense MERCI

  • #2

    Colle laure (mardi, 23 décembre 2025 15:11)

    Votre patinage, votre grâce, votre sourire nous transportent
    dans le monde de la beauté, de la générosité et du courage. Vous nous montrez qu'avec l'effort, la persévérance et la joie de réussir on peut atteindre l'inaccessible.
    Merci pour ce que vous nous offrez., le magnifique.