Adam Siao Him Fa : "C’est une nouvelle manière de voir la compétition, c’est libérateur."

© International Skating Union (ISU) / Adam Siao Him Fa
© International Skating Union (ISU) / Adam Siao Him Fa
 

Adam Siao Him Fa a remporté la médaille d’argent au Finlandia Trophy, et sécurisé sa place en finale du Grand Prix.

 

Skate Info Glace : Quel est votre retour sur votre programme libre ?

Adam : J’ai donné tout ce que je pouvais. J’étais très nerveux, mais je ne me suis pas senti perdre mes moyens. J’ai essayé de m’accrocher jusqu’au bout sur chaque élément. J’en tire beaucoup de positif, même si le programme est moins bien qu’à Angers. Je suis encore en train de travailler sur moi, donc cela va avancer.

 

Skate Info Glace : Vous avez eu une grosse chute lors de l’échauffement, sur un triple boucle piqué. Vous en avez ri. Il y a eu ensuite quelques sauts manqués (“pops”) puis vous avez semblé reprendre le contrôle.

Adam : Cette chute m’a beaucoup aidé parce que j’étais tendu. Cela m’a fait rire, ça m’a détendu. Oui, il y avait des pops ensuite. Mais je me sentais moins perdu. Cette chute m’a fait prendre du recul : tu tombes sur un triple piqué (rires). Voilà, ce n’est pas grave.

 

Skate Info Glace : Vous vous qualifiez pour la finale.

Adam : C’est cool parce que j’ai besoin de faire des compétitions, et la finale est la compétition de préparation parfaite. Il n’y a pas de pression. J’ai fait le plus dur en me qualifiant. Nous allons profiter de cette compétition avec le plus haut niveau pour essayer d’en tirer un maximum d’expérience. C'est un boost de motivation. Je vais essayer de m’entraîner la semaine prochaine du lundi au vendredi, sans problème et sans maladie (sourire). Nous avons quelques changements mineurs à faire dans les programmes avec Benoît. Pour la petite histoire, j’ai fait ma choreo step à l’envers à Helsinki. En fin de pirouette, je suis sorti du mauvais côté, je me suis dit : “Ah ! Bon, bah… tant pis !”. Dans le Kiss & Cry, Cédric et Benoît me disaient que ce n’est pas mal aussi dans ce sens là !

 

Skate Info Glace : Quel est votre regard sur ces deux médailles d'argent en Grand Prix ?

Adam : Évidemment, cela pouvait être mieux comme cela pouvait être moins bien, mais je le vois sous un angle très positif, surtout par rapport au début de saison. C’était vraiment difficile, et malgré ça, j’ai pris du plaisir à patiner. Je me suis qualifié pour la finale en patinant pas forcément proprement, donc c’est encourageant.

 

Skate Info Glace : Une quatrième place à Helsinki vous assurait la qualification pour la finale, donc on pouvait imaginer que vous abordiez cette compétition avec un certain relâchement.

Adam : Je ne le savais pas.

 

Skate Info Glace : Vous n’étiez pas du tout au courant ?

Adam : Honnêtement, je ne me concentrais pas sur la finale, les places ou les points. Je voulais vraiment me concentrer sur ma performance et essayer de relâcher la pression pour m’amuser. C’est le point essentiel que j’essaie de garder en tête en compétition. J’ai senti qu’en début de saison, c’est ce qui m’avait un peu bouffé : je n’avais pas de plaisir, je ne m’amusais pas. Et c’est souvent dans les moments où je prends du plaisir que tout devient plus facile, notamment les sauts. Nous savions que la finale était envisageable, mais ce n’était pas un objectif. L’objectif, cette saison, c’est que je me sente bien, physiquement, mentalement, et surtout que je prenne du plaisir.

 

© International Skating Union (ISU) / Adam Siao Him Fa
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Skate Info Glace : Vous sembliez effectivement assez détendu aux entraînements.

Adam : Oui, j’essaie de profiter un maximum des compétitions, de les prendre de plus en plus à la légère. Pas dans le sens “je m’en fous”, pas du tout. Plutôt dans l’idée que je me suis entraîné comme un fou pour me préparer au mieux, donc ce serait bête de ne pas en profiter, de ne pas m’amuser en compétition. Et ce serait bête aussi de me mettre au “fond du trou”, mentalement, alors que je me prépare pour ça et que j’aime ça. C’est une nouvelle manière de voir la compétition, c’est libérateur.

 

Skate Info Glace : Nous voyons beaucoup de résultats très variables chez les hommes cette saison. Cela ouvre énormément le jeu, non ?

Adam : Oui, c’est la compétition, et je trouve que cela rend le sport encore plus intéressant à regarder. Parce qu’on peut vraiment se demander ce qui peut se passer, et c’est ce qui le rend plus divertissant.

 

Skate Info Glace : Avez-vous regardé ce qui se passait sur les autres Grands Prix ?

Adam : Non. Ce n’est pas que je voulais éviter la pression, mais j’ai regardé en diagonale. J’ai vu quelques patineurs par-ci par-là, mais j’avais beaucoup de choses à faire en plus. J’ai terminé ma formation, un graduate programme en communication digitale et webdesign graphique. J’étais pas mal concentré sur autre chose, même si le patinage reste la priorité. Cela me faisait du bien aussi de faire autre chose. Cela me permettait de déconnecter un peu, de ne pas rester en permanence sur le patinage.

 

Skate Info Glace : Est-ce que c’est aussi une manière d’anticiper un jour votre retraite sportive ?

Adam : Oui. La retraite de patineur peut arriver vite, pour plein de raisons. Cela peut être simplement parce que je n’ai plus envie, parce que physiquement je ne tiens plus, ou alors à cause d’un accident. Je sais très bien que je n’arriverai pas à patiner jusqu’à 50 ans. Pour le moment, je me fixe l’objectif d’aller jusqu’en 2030. Ensuite, je verrai au fil des années, en fonction de ce que je ressens et si j’ai encore envie de continuer. Et aussi si, physiquement, c’est encore possible, mais surtout si j’en ai envie. C’est vraiment ça le plus important.  Préparer un peu l’avenir, ce n’est pas vraiment un plan B, mais plutôt des projets que j’aimerais développer en dehors du patinage. Et si j’ai le temps de les réaliser, j’aimerais commencer dès maintenant.

 

© International Skating Union (ISU) / Adam Siao Him Fa
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Skate Info Glace : Philippe Candeloro fait encore des backflips à 50 ans !

Adam : Oui, mais il ne fait pas de quadruples (sourire). Après, pour les galas, c’est différent. Des quadruples en programme, physiquement, cela demande beaucoup. D'ailleurs, notre kiné, Yannick Ponsero, essaie de refaire un triple Axel à 40 ans. Il partage sa progression sur les réseaux sociaux. Je l’encourage à fond. 

 

Skate Info Glace : Vous n’avez jamais envisagé de reprendre un ancien programme pour cette saison olympique ?

Adam : Non, vraiment pas.

 

Skate Info Glace : Même pas Star Wars ?

Adam : (rires) Peut-être plus tard. Nous avions réfléchi à faire un long programme de gala dessus. Ce qui est cool, c’est de le faire avec un sabre laser ! Pour cette année, nous voulions créer quelque chose de différent de ce que j’avais fait avant. Je trouve que l’idée est réussie. Maintenant, il faut que je travaille mes programmes, qui ne sont pas simples, mais ça va venir.

 

Skate Info Glace : En 2018, Aliona Savchenko et Bruno Massot avaient patiné un programme magique sur La Terre vue du ciel, la musique de votre programme court. Vous vous étiez dit « un jour peut-être moi » ?

Adam : Je me souviens très bien de leur programme. J’avais 17 ans, et je ne m’étais pas posé la question de patiner sur cette musique. Cette année, ce sont Cédric et Benoît qui ont choisi les musiques. Benoît me l’avait proposé cette musique de Philip Glass pour le libre il y a longtemps. Il m’avait dit que ce serait bien qu’on fasse quelque chose dessus plus tard. Il me l’avait fait écouter en 2022. Ça remonte ! A l’époque, nous étions d’accord qu’il y avait encore beaucoup de choses à travailler et que ce n’était pas le bon moment.

 

Skate Info Glace : Est-ce qu’il vous est déjà arrivé qu’ils vous proposent une musique et que vous réagissiez en vous disant : « Non, vraiment pas, ça ne me va pas du tout » ?

Adam : Oui, il y a eu des musiques où j’ai dit non, je ne suis pas fan, je n’aime pas. Ou alors je me disais : “sympa, on peut essayer, mais…”. Et si ça ne marche pas, on arrête. Nous avions essayé un tango. Je n’étais pas contre l’idée, mais j’avais du mal et je ne le sentais pas.

 

Skate Info Glace : Sur les réseaux sociaux, votre costume du programme court fait beaucoup parler. Quand nous en avons discuté avec Benoît, il disait que c’était très bien que cela fasse réagir.

Adam : (Il éclate de rire). Oui, je suis du même avis. Ce n’est pas grave si des personnes n’aiment pas le costume. Il y a des avis différents, et cela avait déjà été le cas quand j’avais présenté certains programmes. D’une certaine manière, ça fait parler du programme. Il n’y a pas de mauvaise promotion.

 

Skate Info Glace : Vous gardez donc ce costume ?

Adam : Oui !

 

© International Skating Union (ISU) / Adam Siao Him Fa
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Skate Info Glace : Dernière question, sur un autre sujet, vous n’avez pas fait de triple boucle en compétition depuis 2020…? 

Adam : Ah oui, 2020 ? J’aurais dit encore plus longtemps… Ah c’était ma dernière année junior alors, quand le boucle était obligatoire. Il faudrait regarder depuis combien de temps je ne l’ai pas mis dans un programme libre, parce que je déteste ce saut.

 

Skate Info Glace : Vous le travaillez encore de temps en temps ?

Adam : Oui. J’ai même fait le quadruple. Un jour, j’ai dit à Cédric et Rodolphe : “Je me sens bien aujourd’hui, je fais un quadruple boucle !”. Ils n’étaient pas convaincus… Et j’ai réussi ! C’était il y a deux ans.

 

Skate Info Glace : Et le triple boucle, vous le détestez toujours autant ?

Adam : Oui. Il me demande beaucoup d’énergie mentale. Franchement, je préfère faire n’importe quel autre saut, même un quadruple. Même trois quadruples boucle piqué ! Cela me demande moins d’énergie que le triple boucle. Je ne l’aime pas du tout ! J’espère qu’ils ne le mettront jamais obligatoire chez les seniors. Je pense que si cela arrive, j’arrêterai ma carrière. Ou je ferai une année de césure (rires).

 

Quelques mots avec Cédric Tour, son entraîneur

Au sujet de la choreo step à l’envers : “C’est la première fois qu’il faisait ça ! C’est marrant, parce que juste avant le programme, il m’a dit : « J’ai peur d’oublier ma choreo ». Je lui ai dit : « T’es sérieux ? Tu la connais par cœur, même moi je la connais ». Du coup, je viens de faire le rapprochement : il avait peur de l’oublier, et il a fait ça. Mais on s’est rendu compte que ce n’était pas mal ! Ce n’était pas choquant d’un point de vue du schéma de programme.”

 

Au sujet de la compétition dans son ensemble : “Il y a encore beaucoup de positif. Il y a des erreurs dans le programme, ce n’est pas parfait, mais dans l’approche de la compétition, vu d’où on vient, ce n’est que du positif. Nous allons refaire des mises en situation, patienter un peu plus entre le six minutes et le programme, parce que la dernière fois qu’il s’est retrouvé dans cette situation, c’était aux championnats d’Europe l’année dernière, il me semble. Il y avait eu des erreurs plus importantes. Là, il faut juste continuer sur notre lancée d’un point de vue travail, et ça va se régler. À l’entraînement, il est vraiment capable de faire des sauts très qualitatifs.”


 

Solène Mathieu - Skate Info Glace

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