Fournier-Beaudry et Cizeron : une victoire, mais un ras-le-bol

© International Skating Union (ISU) / Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron
© International Skating Union (ISU) / Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron
 

Laurence Fournier Beaudry et Guillaume Cizeron remportent la compétition, mais comme lors de la danse rythmique, c’est surtout leur score étonnamment bas qui fait parler : 124,29 points. À titre de comparaison, Madison Chock et Evan Bates avaient obtenu 127,81 points au Skate America.

 

Un point d'exclamation, à nouveau, sur la choreo sequence, des twizzles niveau 2 pour Laurence, un niveau 1 pour les deux patineurs sur le pas, un porté trop long... La liste est longue et suscite l'incompréhension des patineurs et entraîneurs.

 

Laurence : "En arrivant ici, nous avons réalisé que c’était notre première compétition internationale à l’extérieur de la France. Nous avions eu vraiment une belle énergie du public en France. Nous en avons eu une ici aussi, mais c’était comme un baptême de compétition internationale à l’extérieur. Je dirais que c’était aussi une bonne opportunité de passer derniers du groupe pour le programme long, apprendre à gérer cette attente. C'était très long, nous avions envie de mourir (rires)."

 

Guillaume : "Nous adorons ce programme, il évolue dans un très bon sens. Nous sommes très fiers de notre performance. Nous voulions honorer le travail que nous avons fait ces dernières semaines. Nous voulions patiner avec nos coeurs et ne pas trop penser aux points. Nous avons la chance de faire un sport artistique : avant tout, nous partageons un moment avec le public. Évidemment, nous nous prenons au jeu des compétitions, nous avons l’envie de bien faire, de gagner, de nous améliorer. Nous avons eu un point d’exclamation sur la choreo step à nouveau. Nous nous y attendions. Ce n’est absolument pas représentatif des deux performances que nous avons faites ce week-end. Nous allons essayer d’être le plus irréprochables possible pour les prochaines compétitions. Évidemment, c’est notre travail et c’est ce que nous faisons de toute manière. Mais je pense qu’il y a beaucoup de choses importantes qui ressortent de cette compétition, outre notre cas personnel. Je crois que c’est une sorte de ras-le-bol des athlètes. Il en faut beaucoup pour que les athlètes se mettent à parler. Il y a une certaine appréhension, parce que nous voulons plaire aux juges. Je pense que cela a fait pencher la balance du côté du ras-le-bol. Nous sommes expérimentés, nous savons ce qu'est un retournement propre."

 

Laurence : "C’est important qu’il y ait des discussions pour que les athlètes sentent qu’ils s’améliorent, que les coaches sentent les aptitudes qu’ils ont, puis que les spectateurs puissent aussi apprécier notre sport, parce que je crois que personne ne comprend rien du tout. Donc ça fait une certaine déconnexion entre les trois sphères. Nous espérons vraiment qu’il va y avoir une amélioration."

 

 
© International Skating Union (ISU) / Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron
© International Skating Union (ISU) / Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron

 

Romain Haguenauer : "Je ne sais pas quoi dire. Point d'exclamation sur la choreo step, je ne sais pas pourquoi. Les pas ne devraient pas être en niveau 1... Pour le porté trop long, il faudra chronométrer, il est possible que Guillaume ait ajouté un tour. Pour les twizzles de Laurence en niveau 2, nous regarderons, c'est peut être l'entrée."

 

Anecdote révélatrice de la frustration ressentie par certains patineurs lors de cette compétition : après que Guillaume a exprimé son incompréhension concernant les niveaux accordés par le panel technique lors de la danse rythmique, un danseur russe a lancé en interview lors du Grand Prix d'Omsk, en Sibérie : "Viens en Russie, Guillaume, ici on nous donne les niveaux !".

 

© International Skating Union (ISU) / Piper Gilles et Paul Poirier
© International Skating Union (ISU) / Piper Gilles et Paul Poirier
 

Piper Gilles et Paul Poirier prennent la médaille d’argent avec 122,55 points avec une réinterprétation de leur programme phare sur Van Gogh, présenté pour la première fois lors de la saison 2018–2019.

 

Paul et Piper : "Nous sommes très contents de notre performance, nous nous sommes sentis très connectés."

 

Est-ce qu'ils pensent changer de costume d'ici les JO ? "Non ils ont couté trop cher" répond Piper avec un sourire.

 

Emilea Zingas et Vadym Kolesnik poursuivent leur ascension éclair et décrochent la médaille de bronze, confirmant leur statut de révélation de la saison. 

 

Emilea et Vadym : "Nous sommes très heureux et fiers de notre performance. Nous étions très stressés, nous savions qu'il y avait une qualification en finale en jeu. Nous nous qualifions pour la première fois ! Nous avions pour projet d'aller en compétition à Tallinn le weekend prochain. Nous pourrions aller directement au Japon ensuite. Je ne sais pas si c'est la meilleure décision (rires), nous allons en parler avec notre équipe."

 

Au sujet de la concurrence dans l'équipe américaine pour les places aux Jeux Olympiques : "Nous sommes les seuls à avoir atteint la finale du Grand Prix avec Madison et Evan, donc nous sommes en confiance. Nous patinerons de notre mieux aux championnats nationaux et verrons quelle sera la décision."

 
© International Skating Union (ISU) / Emilea Zingas et Vadym Kolesnik
© International Skating Union (ISU) / Emilea Zingas et Vadym Kolesnik

 

 

Les trois couples rejoignent donc Madison Chock et Evan Bates, Lilah Fear et Lewis Gibson, ainsi qu’Allison Reed et Saulius Ambrulevicius en finale. Conséquence de ces qualifications : Marjorie Lajoie et Zachary Lagha, Charlène Guignard et Marco Fabbri, ainsi qu’Evgeniia Lopareva et Geoffrey Brissaud, n’iront pas à la finale du Grand Prix cette année.

 

Olivia Smart et Tim Dieck présentent leur version revisitée de Dune 2, évolution de leur danse libre de l’an dernier. Le programme est puissant, immersif, et magnifiquement interprété. Ils obtiennent quatre points de moins qu’en Chine et échouent au pied du podium.

 

Maia et Alex Shibutani signent un retour émouvant sur Fix You, l’un de leurs programmes les plus emblématiques. Leur danse est très touchante, mais ils apparaissent parfois en décalage après huit ans d’absence dans une discipline qui a beaucoup évolué. Le fait d’être là relève déjà d'une victoire pour Maia, qui a surmonté une tumeur maligne au rein il y a quelques années. Ils sont cinquièmes.

 

Diana Davis et Gleb Smolkin terminent sixièmes, sous le regard discret d’Eteri Tutberidze, présente dans les tribunes alors que le Grand Prix russe se déroulait en parallèle. Si leur présence faisait polémique il y a deux ans, il n’en est plus rien aujourd’hui : leurs progrès sont considérables, et leur passage à l’Ice Academy de Montréal les a transformés.

 

Yuka Orihara et Juho Pirinen poursuivent leur cycle de programmes musicaux très narratifs : après Chicago et The Chorus Line, voici Moulin Rouge. L’ensemble commence à devenir répétitif, et la fin du programme, avec les roulades au sol, vire au caricatural. Ils prennent la septième place.

 

Natalie Taschlerová et Filip Taschler reculent en huitième position après leur danse libre sur Matrix.

 

Enfin, Oona Brown et Gage Brown continuent de marquer les esprits cette saison avec leur interprétation du Parrain. Ils se classent neuvièmes mais confirment leur potentiel artistique.


 

Solène Mathieu - Skate Info Glace

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