Interview Loïcia Demougeot et Théo Le Mercier : "Nous aspirons à nous rapprocher de la qualité des couples du top 10 mondial"

© Alice Alvarez
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Après une très belle cinquième place aux championnats d'Europe, Loïcia Demougeot et Théo Le Mercier se sont classés 11èmes des championnats du Monde à Montréal, fin mars 2024.

 

Comment s'est passée la danse rythmique ?

Loïcia : Il y a beaucoup de détails que nous avions ajustés et qui ne sont pas tout à fait ressortis. Sur le moment, j'ai été un peu peu déçue, mais globalement, je suis satisfaite de ma performance, d'autant plus que je dois admettre ne pas avoir été très à l'aise.

Théo : J'étais content, j'avais l'impression que nous avions bien patiné. A la fin du programme, Loïcia m'a dit « Désolée, désolée ». Je me suis dit : « Ouh là, qu'est-ce qui s'est passé ? ». Je dois avouer que j'aurais aimé une note légèrement plus haute, mais nous battons notre record personnel, c'est très bien.

 

Karine nous disait être satisfaite de la note de composantes.

Théo : Oui, elle est plus élevée que d'habitude. Sur la technique, nous avons obtenu un peu moins. Nous aurions pu faire mieux sur les niveaux et GOE, mais nous sommes très satisfaits. 

 

Pourquoi dites-vous que vous n'étiez pas à l'aise, Loïcia ?

Loïcia : Mes jambes étaient un peu tendues, pas tout à fait au-dessus des appuis. Nous n'avions patiné qu'une seule fois sur cette piste. J'ai eu du mal à m'adapter, mais je pense que c'est à cause de la fatigue de fin de saison et du stress de vouloir finir la saison en beauté. Peut-être que je suis la seule à l'avoir ressenti ! Mais je suis un peu déçue car nous avons vraiment beaucoup travaillé sur cette danse rythmique pendant les semaines précédentes, et j'aurais aimé que cela se voit plus.

 

Vous avez évoqué votre satisfaction d'être qualifiés pour la danse libre. Était-ce vraiment dans un coin de votre tête ? Vous vous qualifiez très largement...

Loïcia : Nous savons que la moindre erreur lors de la danse rythmique peut faire chuter un couple dans le classement. Il y a de plus en plus de très bons couples. Cela se joue à qui va faire une bonne performance au bon moment. Lors du programme court, Adam a frôlé l'élimination alors qu'il est champion d'Europe ! La qualification reste toujours dans un coin de nos têtes, même si nous avons des objectifs plus ambitieux. Personne n'est à l'abri d'une grosse erreur. Nous avons toujours un peu plus de pression sur la danse rythmique que sur la danse libre, surtout ces deux dernières années où la danse rythmique était un programme plus difficile pour nous. 

 

Comment avez-vous vécu le programme court d'Adam ?

Théo : Nous étions très déçus pour lui, mais Adam est un grand champion et il sera sans doute l'un des meilleurs de tous les temps. Ce qu'il apporte à la discipline est remarquable, pas seulement dans sa catégorie, mais globalement en France, il va beaucoup contribuer à la visibilité du patinage. Une contre-performance arrive à tout le monde, même à Nathan Chen, qui aux Jeux Olympiques de 2018 était passé à deux doigts de la non-qualification. Nous sommes convaincus qu'Adam peut remonter beaucoup de places lors du programme libre.

 

NB : Cet échange avec Loïcia et Théo a eu lieu avant le programme libre d'Adam Siao Him Fa. On peut dire que Théo avait vu juste sur le potentiel de remontée au classement !

 

Qu'avez-vous pensé de votre danse libre ?

Théo : Nous étions très stressés. Nous ne nous attendions pas à passer premiers de notre groupe. Mais nous ne cherchons pas d'excuses. Nous devons être prêts à tout. Je pense que nous allons apprendre de cette expérience, nous sommes encore jeunes. Nous avons tenu bon, même si cela n'a pas été suffisant pour espérer un meilleur résultat. Je pense que notre performance a été correctement notée. Avec ce que nous avons réalisé, nous ne pouvions pas espérer mieux.

Loïcia : Nous voulions y aller à 100%, mais nous sentions que si nous y allions trop fort, nous risquions des petites erreurs. Nous avons essayé de calmer le jeu pour faire un programme propre. Mais c'est vrai que nous avons transmis moins d'émotions et de puissance qu'aux championnats d'Europe. Peut-être l'envie de trop bien faire et de finir la saison sur une bonne note. Nous avons tout de même réussi un programme plutôt bon, même si ce n'était pas notre meilleure performance. Il n'y a pas eu d'erreurs à part un petit déséquilibre dans la "one foot". Nous avons eu un problème sur les niveaux des twizzles, il faudra examiner pourquoi. 

 

Aviez-vous un objectif de classement en tête ?

Théo : Nous avons évidemment de l'ambition, nous voulons faire le mieux possible. Avant de partir pour Montréal, nous étions déjà très contents de ce que nous avions réussi à accomplir. Bien sûr, nous espérons toujours plus. Je pense que tout sportif espère obtenir de meilleurs résultats que ceux déjà acquis. Cela motive tout le monde à donner le meilleur de soi à l'entraînement, pour s'améliorer, dépasser les autres et se dépasser soi-même. Nous voulions vraiment réaliser deux bonnes performances. Nous ne sommes pas partis avec un objectif précis en termes de classement. Bien sûr, atteindre le top 10 aurait été possible, mais cela aurait nécessité de patiner beaucoup mieux.

Loïcia : Même sans atteindre le top 10, nous sommes très contents. Nous aspirons à nous rapprocher de la qualité des couples du top 10. Si la performance ne vaut pas encore un top 10, ce n'est pas grave, nous avons fait de notre mieux. Nous voulons gagner en confiance sur nos performances et les résultats viendront en leur temps. Quand nous avons eu des déceptions, cela nous a rendus encore plus forts pour les compétitions ou les saisons suivantes.

 

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Votre 5e place aux championnats d'Europe vous donne-t-elle de la confiance ou plus de pression, parce que vous êtes désormais attendus ?

Théo : Pour ma part, un peu des deux. Il y a le sentiment qu'on ne peut plus se permettre de décevoir, même si une contre-performance peut arriver à tout le monde. Mais d'un autre côté, cela me donne aussi confiance parce qu'avant les championnats d'Europe, nous n'étions pas dans le meilleur état mental. Nous n'étions pas confiants pour la danse rythmique, et même avant la danse libre, nous étions très stressés. Malgré cela, nous avons réussi à réaliser de très bonnes performances. Je me dis que si nous avons pu y parvenir dans cet état, nous pouvons le faire n'importe quand.

 

La saison avait difficilement démarré, puis les résultats sont venus progressivement. Quel regard portez-vous sur cette année ?

Théo : Nous avons participé à moins de compétitions que d'habitude, mais comme nous n'avons pas eu beaucoup de temps pour nous préparer, tout a démarré très vite et nous avons l'impression de ne jamais nous être vraiment arrêtés. Tout s'est enchaîné. Loïcia a commencé l'année en étant blessée. Il y a eu beaucoup de doutes au début de la saison parce que nous n'étions pas prêts au moment où nous aurions voulu l'être. Les premières compétitions, le Budapest Trophy et le Grand Prix de Chine, ont été assez stressantes. Nous avons eu ensuite une semaine de travail très productive en Chine avec Karine. En arrivant au Japon, nous étions comme transformés, et tout s'est amélioré depuis. Aux championnats nationaux en revanche, nous n'avons pas compris nos scores. Tous les couples ont obtenu 8 à 10 points de plus que lors des compétitions internationales. Nous avons eu 2 points de moins. Nous étions classés derrière le troisième couple français et nous avions 11 points d'écart avec Evgeniia et Geoffrey. Nous savons qu'ils sont meilleurs que nous actuellement, mais un écart de 11 points sur une danse rythmique nous semblait trop fort, surtout que nous n'avions pas commis de grosses erreurs. 

Loïcia : Ce sont des compétitions avec beaucoup d'enjeux, ce qui fait que nous les abordons peut-être d'une manière un peu différente. Il s'agit de notre troisième saison en senior, nous commençons à vouloir stabiliser les choses et découvrir ce que cela peut donner. Mentalement, c'est très exigeant. On ne s'en rend pas toujours compte, mais tenir le coup psychologiquement de juillet à fin mars demande énormément d'énergie, tant mentale que physique. 

 

Quel est votre meilleur souvenir de la saison ?

Théo : Le championnat d'Europe avec une cinquième place que nous n'attendions pas.

 

Et le moins bon ?

Théo : La Coupe de Chine peut être.

Loïcia : Pour moi, le début de saison a été difficile, c'était un calvaire de m'entraîner avec ma blessure. La danse rythmique des championnats de France n'est pas un bon souvenir non plus, mais nous avons réussi une bonne danse libre ensuite.

 

Quels sont vos projets pour l'année prochaine ?

Loïcia : Nous travaillerons avec Benoît Richaud pour la danse libre, mais la musique n'est pas décidée.

 

Et pour les semaines à venir ?

Loïcia : Nous avons d'abord un examen pour notre diplôme d'entraîneur, puis la tournée avec l'équipe de France. Ensuite, nous aurons des compétitions de ballet. Et quelques jours de vacances en juin !

 

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Nous poursuivons l'échange avec leur entraîneur, Karine Arribert :

 

Karine, qu'avez-vous pensé de leur performance ?

Karine : Je les ai trouvés sur la retenue sur la danse libre, c'est dommage. Je ne travaille pas pour un classement. Je travaille pour faire des programmes propres, faire monter les composantes et les éléments, par exemple réussir un porté de niveau quatre et gagner en qualité d'exécution. C'est mon travail au quotidien. Après, le classement dépend des performances des autres. Si cela nous emmène au top 5 aux championnats d'Europe, c'est parfait. Si cela nous emmène au top 10 aux championnats du Monde, c'est parfait. Mais nous devons avant tout faire notre travail.

 

Quel est votre bilan de leur saison ?

Karine : La saison a été difficile. Aux Masters, nous avons déclaré forfait parce que Loïcia était bloquée du dos. Nous sommes ensuite allés au Budapest Trophy. Ce n'était pas une très bonne compétition. J'ai changé toute la danse rythmique. La Coupe de Chine a également été difficile. Nous sommes restés trois semaines sur place. J'ai travaillé de manière individuelle avec eux, nous avons repris du skating skills, de la base de patinage, nous avons tout nettoyé. Ce n'était pas facile d'être trois semaines loin de France, mais nous avons tenu bon et nous sommes arrivés très prêts au NHK Trophy au Japon. Finalement, ce sont ces trois semaines qui les ont emmenés à leurs très belles performances aux championnats d'Europe.

 

Que pensez-vous du thème de la danse rythmique pour la saison prochaine : Social Dance Party des années 1950 à 1970 ?

Karine : Initialement, le thème portait sur tout le 20e siècle. Cela s'est resserré sur les années 50 à 70. Ce n'est pas la période que je connais le mieux, mais j'ai l'habitude de faire beaucoup de recherches. Nous attendons aussi des précisions sur le terme "social". Je pense qu'il y aura beaucoup de disco. Nous aurons le droit aux remix. C'est là où il ne faudra pas se faire piéger. Pour les danses latines il y a quelques années, cela devait être de la musique de souche initialement. J'avais fouillé et trouvé des pépites. Lorsque nous sommes arrivés à la première compétition, tout le monde avait des remix. Les musiques de souche faisaient ringard. Il a fallu tout changer. C'est le piège à éviter. Si nous avons le droit au remix et que la majorité des danseurs prennent du remix, il faudra prendre cette direction. Comme d'habitude, les premières compétitions seront très décisives. Nous avons aussi eu des informations sur la danse rythmique de la saison olympique. Ce sera le 21e siècle. C'est un challenge qui me parle ! On peut chercher et trouver des pépites, qui parlent à la fois aux juges et au public tout en étant novatrices.

 


 

Solène Mathieu - Skate Info Glace

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